Photographies : Cindy Boyce
L’épopée rouyn-norandaise
Le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue fêtait le weekend dernier sa 9ième édition. J’ai décidé de jouer la cobaye et me prêter au jeu de festivalière le temps d’une fin de semaine. Voici le journal de bord d’une Montréalaise visitant la région fort éloignée de Rouyn-Noranda pour la première fois. Hiii-yaah!
Jeudi 1er septembre
11 h 00
Assise sur mon balcon, programmation du FME à la main, je surligne tous les groupes que je ne veux absolument pas manquer – il y a officiellement plus de jaune que de blanc sur ma feuille – parce qu’un festival comme le FME nécessite beaucoup de préparation et de logistique. Jimmy Hunt, Sunny Duval, Grenadine, Socalled, Panache, Canailles, Malajube, je vous épargne ma liste. C’est un départ, les copains arrivent enfin devant ma porte, on remplit le coffre de la voiture avec mes bagages et on décolle vers le nord.

16 h 00
On fait une halte à Mont-Laurier, le temps d’un verre, d’une pizza. On se prépare mentalement au meilleur week-end de l’été!

21 h 00
On arrive à Rouyn-Noranda avec quelques heures de retard sur l’horaire initial, mais qu’importe, on est heureux. L’excitation est à son comble et nous allons directement aux spectacles, sans passer par notre camp de base. Nous attrapons les dix dernières chansons de Vincent Vallières. Enchaînant ses nombreux classiques – Café Lézard, On va s’aimer encore, Entre partout et nulle part – Vallières, fidèle à ses habitudes, offre une bonne performance. Tout le monde semble bien heureux de pouvoir l’écouter à l’extérieur et il faut le dire, on est chanceux, il fait beau et chaud. Fraîchement arrivés, nous ne savons plus trop où donner de la tête!

00 h 00
On quitte finalement en direction du Cabaret de la dernière chance, lieu mythique où tous les spectacles qui s’y déroulent sont démentiels. Ce soir, on sait déjà qu’il s’agit d’une valeur sûre, car c’est Jimmy Hunt et Sunny Duval qui vont faire dégoutter le plafond – et ceci n’est pas une métaphore! Pari réussi, les gens chantent en chœur les chansons de Jimmy Hunt. Lorsque Sunny Duval grimpe sur scène et que les premières notes se font entendre, tous tapent du pied. Nous avons l’impression d’être dans un concert des Beatles dans les années 60. On saute, on twist, on rock, mais surtout, on a chaud.

3 h 00
On ne perd pas ses habitudes de Montréalaises même à Rouyn. On se dirige Chez Morasse pour une poutine de fin de soirée bien méritée!
Vendredi 2 septembre
11 h 00
Dur réveil au camp Fatima. Les yeux collés, la tête qui tourne, on s’enfile quelques verres d’eau, des rôties et un grand café. On s’assoit et on regarde notre horaire de la journée, question de ne rien manquer. On regarde aussi Météomédia, qui nous indique une veille d’orages violents. On ne court pas de risque et on chausse nos bottes de pluie!


14 h 00
On débouche une bouteille de vin sur la petite plage du Lac Long. On aperçoit deux jeunes hommes, saxophone à la main, qui pratiquent les pieds dans l’eau. On apprendra plus tard que ce sont deux membres du groupe français Nestrobianca. On a vécu un moment privilégié!

15 h 30
On saute dans la navette et on se dirige dans le centre-ville. Les rumeurs courent qu’il y a de délicieux sandwichs de pulled pork à vendre pour 5$. On en prend un pour la route – et ce ne sera pas la dernière fois, oh que non! La tâche de choisir lequel des spectacles nous faisait le plus envie pour le 5 à 7 fut difficile. Nous nous sommes donc séparées et j’ai alors opté pour Grenadine.

17 h 00
Premier arrêt de la journée, le café bistro Chez Bob sur la rue principale. La salle est remplie de gens assis, dont la plupart n’étaient visiblement pas des festivaliers festifs. La performance de Grenadine aura tout de même réussi à séduire quelques spectateurs, mais ce n’était pas gagné d'avance! Il pleut des cordes, on s’abrite dans le premier petit bar du coin. On attend que ça passe. Les bottes de pluie étaient vraiment une bonne idée finalement!

20 h 00
On opte pour le spectacle du Petit Théâtre du Vieux Noranda. Socalled, Panache et Malajube, il s’agit bel et bien de la soirée Dare to Care. Socalled reprend ses succès de Ghettoblaster, mais ne manque pas de nous fournir une bonne dose de son dernier opus, Sleepover. On écoute et on chante, le plaisir est au rendez-vous! On s’approche de la scène lors de la performance de Panache, on est fin prêt à danser. C’était la première fois que je voyais Panache en spectacle et j’attendais ce moment-là avec impatience. Connaissant bien les airs des gentils Carl-Éric Hudon et Benoit Fréchette, accompagnés pour la soirée de l’excellente Lydia Champagne à la batterie, nous étions au premier rang pour apprécier leur performance. Des paroles et des sons qui restent ancrés dans la tête pendant de longs moments. Du bon pop-punk-rock !



22 h 30
Comme nous avions déjà vu Malajube à plusieurs reprises, nous avons décidé de nous laisser tenter par Akron/Family, la tête d’affiche du FME. En arrivant à l’Agora des arts, le spectacle a aussitôt commencé. Trois jeunes hommes aux allures un peu hipster, voir hippie, se retrouvent sur la scène. Difficile à décrire, Akron/Family est, selon moi, la meilleure performance du FME. Par moment, on parle d’un mélange de distorsions, par d’autres, de chœurs et de guitares acoustiques. Cet heureux mélange permet aux festivaliers de « renouer avec leur moi intérieur » grâce à une danse à laquelle le groupe convie la foule. Le talent de Akron/Family réside dans leur habileté à improviser du matériel de qualité et de faire participer la foule. Je fais ici référence à un jam d’une dizaine de minutes où les gens étaient invités à faire de « ohh-ohh » et taper des mains. Très mémorable!


00 h 00
On a déjà de bonnes habitudes de filles de Rouyn, on se dirige pour le Cabaret de la dernière chance pour écouter Pat Jordache. Je ne le connaissais pas vraiment à mon arrivée, toutefois j’ai été agréablement surprise. Ayant déjà fait partie du groupe Islands et Sister Suvi, Pat Jordache a réussi à conquérir les spectateurs avec son propre matériel. Les garçons du Mile-End ont fait entendre leur musique jusqu’à 1 h 30, ce après quoi, nous sommes repartis en direction de notre camp de base. Grosse soirée, au dodo!
Samedi 3 septembre
12 h 00
Le rituel matinal n’est pas plus facile ce matin, que celui de la veille. On traîne nos carcasses dans la navette et on recommence pour une dernière fois. Durant le trajet, on reçoit un message texte d’une amie qui nous annonce un spectacle secret. Patrick Watson est en ville, rendez-vous coin 9e rue et Portelance à 18 h 30. Tu parles que c’est noté!

15 h 00
On fait une halte à la salle de presse et on apprend que le groupe Akron/Family donnera une petite performance acoustique à 17:00. On prend un, deux… quelques verres en attendant.


17 h 00
Akron/Family, mon nouveau coup de cœur, nous fait honneur d’un set acoustique qui rappelle par moment Sufjan Stevens par la voix et la sonorité. Un moment intime qui restera gravé longtemps dans ma mémoire.

18 h 30
Concert-surprise de Patrick Watson solo au piano, au soleil couchant, à côté d’une usine et d’un rail de chemin de fer. Même si on avait voulu faire un meilleur set-up, ça n’aurait pas pu être possible. Les larmes nous viennent, on vit un moment magique!



19 h 30
On reprend nos esprits. On va manger une bouchée pour réussir à tenir toute la soirée.

23 h 00
On se rend au Petit Théâtre du Vieux Noranda pour attraper Galaxie. Le son était si fort que nous sommes seulement restés le temps de quelques chansons. Le hasard fait bien les choses, car nous sommes à côté du kiosque du traiteur « Pas d’cochon dans mon salon ». Un autre sandwich de pulled pork pour la route. On ne veut pas manquer Canailles au Diable Rond pour rien au monde. La folie s’est emparée du bar, il fait chaud et ça crie. Aucun doute, c’est bien ici le concert de Canailles. Sur leur folk-country festif, la foule bondit et trinque comme dans un gros party de famille. C’est convivial et on reste festoyer avec eux!


2 h 00
On décide d’aller faire un petit tour à la nuit électro mettant en vedette Mike Mind, Plaster et Jordan Dare du côté de l’Agora des arts, c’est sans contredit une soirée musicale des plus éclectiques!

3 h 30
On n'a plus 20 ans! Les premiers soirs de fête nous rattrapent déjà et on préfère rentrer, question d’être apte à refaire un 9 heures de route vers Montréal dimanche matin.
Dimanche 4 septembre
13 h 30
Le motton dans la gorge, on répète pour une dernière fois la routine matinale. On pense à Peter Peter, Mark Bérubé, Karim Ouellet et d’Alaclair Ensemble, que l’on va manquer en concert aujourd’hui. On regarde le Lac Long pour la dernière fois, le feu encore fumant de la nuit précédente et on met les bagages dans la voiture. Au revoir camp Fatima!
14 h 15
Je ne peux pas résister à l’idée d’une dernière poutine de Chez Morasse avant mon retour vers le 514.
14 h 30
Assis sur les marches de l’Agora des arts en s’enfilant une poutine, on croise les gars de Akron/Family. Une dernière petite discussion, des mercis et surtout, une promesse d’aller les voir lors de leur prochain passage à Montréal. Deal!
15 h 00
Grand départ vers la grand’ville! Sur des airs de Pat Jordache, on voit le soleil de Rouyn-Noranda pour la dernière fois… Cette année, car on sait déjà que l’on sera de retour l’an prochain pour la 10ième édition du FME! Rouyn-Noranda, tu vas nous manquer, tu as été une merveilleuse épopée!
À la r’voyure!

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