Photographie : Yves Renaud
L’Opéra de Montréal ne cesse d’innover en présentant des créations soit originales soit revisitées à leur façon. C’est le cas de la mise en scène de la production Rusalka, du célèbre Antonin Dvořák, qui est effectuée pour toute première fois au Québec. Présenté quatre soirs seulement, cet opéra marin, inspiré du conte La Petite Sirène d’Hans Christian Anderson, est un opéra qui allie le classique à l’ultra-moderne. Grâce une avancée à la fine pointe de la technologie, les spectateurs étaient conviés dans un univers changeant au gré de l’action. Contrairement aux opéras habituels, où la scénographie est relativement assez statique durant les actes, Rusalka nous a transportés de la forêt, au château, jusqu’aux profondeurs des eaux glacées sans aucune difficulté. De grands panneaux animés permettaient un changement d’ambiance en douceur pour supporter l’évolution du récit dans divers lieux. Il va de soi que cette technologie modernise énormément cette production, mise en scène pour la toute première fois en 1901.
On suit la belle, mais ô combien froide, Rusalka dans son périple amoureux. Cette nymphe marine a le malheur de tomber amoureuse d’un Prince qui vient souvent se baigner dans ses eaux. Au grand désarroi de son père Vodnik, elle décide d’aller voir la sorcière Jezibaba pour l’aider dans sa quête. Cette dernière lui propose un marché aux lourdes conséquences. Si elle transforme Rusalka en humaine, celle-ci deviendra muette. Si le Prince ne s’éprend pas d’elle, les deux connaîtront une triste fin. Rusalka est persuadée que le Prince n’aura d’yeux que pour elle, elle accepte donc le marché.
Coup de foudre du Prince pour Rusalka, tout semble bien aller pour elle! Toutefois, quelques jours avant le mariage, le Prince trouve que cette femme un peu trop froide et surtout très silencieuse. Il la délaisse au profit d’une Princesse étrangère venue lui faire la cour. Rusalka, humiliée et rejetée, retourne voir son père Vodnik. Ce dernier décide de la venger. Le Prince supplie la Princesse de lui venir en aide, mais cette dernière le quitte avec dédain.
Triste, Rusalka retourne voir Jezibaba chez elle. La sorcière lui propose qu’elle tue le Prince à l’aide d’un poignard, afin d’être libérée de sa malédiction. Incapable d’une telle chose et ayant perdu l’appui de ses soeurs, Rusalka ne sait plus quoi faire. Le Prince revient près des eaux et supplie Rusalka de l’embrasser pour se racheter de ses erreurs. Cette dernière le prévient qu’un baiser lui serait fatal. Devant son insistance, Rusalka dépose ses lèvres sur celles du Prince, qui meurt aussitôt. Quant à elle, nymphe des eaux, elle sera condamnée à errer pour le restant de l’éternité.
La soprano, Kelly Kaduce, qui incarne la jeune Rusalka, n’en est pas à sa première production. On s’en aperçoit rapidement, car elle tient sans contredit l’opéra au grand complet sur ses épaules. Présent dans presque toutes les scènes, le personnage de Rusalka est un pilier autant par sa voix que par sa présence. Impossible de résister à son interprétation touchante de la « Romance à la lune » sur une trame musicale dirigée par le chef John Keenan. Ce passage est sans contredit le plus intéressant de la longue soirée.
Production la plus jouée du répertoire de Dvořák, Rusalka allie tragédie, amour, chant et musique. Avec une distribution « internationale » dans laquelle les chanteurs n’ont pas tous du calibre de Kaduce, il est difficile de garder son engouement jusqu’à la fin du récit. Cette création vaut principalement le détour pour admirer ses décors vidéo à la fine pointe de la technologie. Vous n’aurez d’autre choix que de vous laisser envoûter par les vagues, tantôt calmes, tantôt déchaînées, de Rusalka.
Rusalka est présenté les 12, 15, 17 et 19 novembre prochain à l’Opéra de Montréal (Salle Wilfrid-Pelletier).
Pour plus d’information operademontreal.com
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