L’automne dans notre grande métropole est sans contredit la saison préférée des cinéphiles. Avec le chevauchement des divers festivals de films (Festival du nouveau cinéma, Image+Nation, Cinémania et les Rencontres internationales du documentaire), les amateurs de films sont gâtés.
J’en ai profité pour couvrir le Image+Nation, un festival dédié au cinéma LGBT (lesbienne, gai, bisexuel, transsexuel). A-t-on besoin d’être homosexuel pour le fréquenter? Pas du tout! Malgré le fait que la plupart des gens qui s’y rendent le sont, il reste que certaines personnes en profitent pour se familiariser avec différentes problématiques auxquelles les homosexuels sont confrontés. C’est d’ailleurs sous le thème du partage que s’est déroulée la 24e édition du festival, qui a eu lieu du 26 octobre au 6 novembre dernier. Les deux organisatrices, Charlie Boudreau et Katharine Setzer, ont encouragé les festivaliers gais à inviter leur entourage, famille et amis, à venir voir des films, dans le but de partager ces histoires avec eux. Comme la plupart d’entre nous connaissent une personne homosexuelle, il s’agit donc d’une façon ludique de prendre conscience de leur réalité d’ici, mais également d’ailleurs sur la planète.
Une programmation étoffée et diversifiée
Pour sa 24e édition, Image+Nation a proposé plus de 125 films aux festivaliers. Sa programmation abordait une réalité des plus actuelles, soit celle de vieillir en étant homosexuel. Ayant beaucoup exploré le fameux coming out depuis plusieurs années, les organisatrices ont choisi de sélectionner des films qui exposaient ce que c’était de vieillir en étant gai ou lesbienne. Cette réalité est sans contredit un sujet d’actualité au Québec, depuis la publication de la Charte de bientraitance des personnes aînées homosexuelles, crée par la Fondation Émergence. Avec des films comme Gen Silent ou Cloudburst qui brossent un portrait assez fidèle de ce à quoi les aînés homosexuels sont confrontés dans leur vie, les festivaliers ont pu se familiariser à cette problématique. Mon coup de cœur dans cette catégorie va sans contredit au court-métrage Je les aime encore de Marie-Pierre Grenier, qui nous présente Michel, 79 ans, une personne attachante qui relate différents moments de sa vie.
Une grande place a également été faite aux films traitant du mouvement queer. Visant la réalité des jeunes homosexuels en quête identitaire, cette sélection offrait un vaste choix de films portant un regard étonnant sur ce mouvement de revendication. Que ce soit avec le superbe film Tomboy, qui traite du trouble de l’identité sexuelle chez les enfants ou bien le déroutant La robe du soir, qui aborde la douloureuse solitude de l’âge ingrat, on expose un portrait éclairant sur ce que s’est d’être queer au 21e siècle.
Une sélection dédiée aux avant-gardistes de ce monde a également été projetée. On y retrouvait entre autres The Advocate Fagdom, Uncle Bob, We were here et le sublime L’amour fou, relatant la passionnante histoire d’amour entre le designer Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.
Parmi tous ces films, les cinéphiles ont également pu en profiter pour en apprendre davantage sur la réalité homosexuelle ailleurs dans le monde. C’est notamment le cas du film Not Quite the Taliban, où l’on a pu suivre la vie du cinéaste Fadi Hindash à Dubaï. Son documentaire relate l’hypocrisie de ce pays qui prône des valeurs véhiculées dans le Coran, mais qui mène une vie d’abus et d’excès en cachette. On a également eu la chance de visionner Circumstance, gagnant du prix du public à Sundance 2011, où deux jeunes filles de 16 ans en Iran tombent en amour. Bien évidemment, on comprendra rapidement que contrairement à ici, leur relation ne pourra pas être possible, compte tenu du milieu dans lequel elles vivent.
Le Festival Image+Nation a débuté en force avec sa comédie suédoise Four More Years et s’est terminé avec la même intensité avec la comédie musicale Leave it on the Floor. Une autre édition réussie pour le festival qui en sera à son 25e anniversaire l’an prochain. Image+Nation mérite le détour, parce que partager des histoires comme celles-ci contribue à démystifier l’homosexualité et à contrer l’homophobie.
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