En 2006, l’étiquette Not Not Fun Records a été fondée en Californie pour mettre sur le marché une sonorité très pointue de rock drone psychédélique expérimental que des formations comme Pocahaunted (qui comprenait à l’époque la cofondatrice du label, Amanda Brown, et Bethany Consentino, qu’on connaît surtout ces temps-ci pour son nouveau groupe Best Coast), Sun Araw, les Topaz Rags, Robedoor avaient à offrir.
La sonorité malsaine, lourde, chaude (dans le mauvais sens) au rythme souvent tribal et élémentaire peut rendre l’écoute de ce type de son très difficile, pour éviter de dire impossible. Ça peut trouver son sens dans certaines rares occasions (genre quatrième after party dans le fond d’une caverne à l’air vicié, à une heure de l’après midi, quand ça feel pu pantoute) mais c’est surtout pour la démarche artistique qu’on apprécie les parutions de l’étiquette Not Not Fun. Pocahaunted, quel nom cool quand même.
Tout ça pour dire qu’un vent nouveau et optimiste, ces derniers mois, semble souffler sur cette mouvance que suite 7 aime appeler « le Not Not Fun ». En effet, Pocahaunted, après le remaniement causé par le départ de Bethany pour Best Coast, a offert l’an dernier le beaucoup plus joyeux Make it Real, plus upbeat, plus funky, plus dansant (on s’entend). Il est disponible en CD, en LP et en cassette. Tout cela, c'est sans compter que Best Coast, c'est un produit direct de l’influence Not Not Fun.
Là où je veux, finalement, vraiment en venir, c’est à parler de l’album Rare Forms, de Woodsman, sorti il y a quelques jours. Une belle galette nous provenant de Denver. Woodsman nous a habitué à de longs jams psychédéliques manquant plus souvent qu’autrement de points de repères et de réels objectifs. Pour leur premier long jeu, ils ont proposé les meilleurs moments de ces envolées en onze pistes d’ambiances tribales, en intégrant au passage des sonorités plus à la mode shoegaze, post-rock. On les sent lourdement inspirés du son 2006 décrit plus haut. Puisque le Colorado est précisément entre la Pennsylvanie et la Californie, on peut aisément, et je pèse mes mots (?!), extrapoler qu’ils croisent la sonorité Graveface (Black Moth Super Rainbow, Dreamend) au Not Not Fun (Topaz Rags, Sun Araw). Des fois, le chanteur envoie quelques élucubrations dans le micro, et plus souvent, on s’en remet uniquement aux nombreuses couches d’instrumentation. Une parution surprenante laissant présager une belle évolution des sonorités expérimentales, plus difficilement accessibles autrefois.
En changeant de branche mais tout en demeurant dans le shoegaze, il serait dommage de passer à côté du dernier Young Prisms, Friends for Now, sorti aussi dans les derniers jours. Ça vient de San Francisco, ça fait du rock garage fuzzé, rêveur, planant, tout en restant pas mal dynamique. Ça faisait longtemps que suite 7 n'avait pas fait face à un son aussi rassurant. Sans rien essayer de réinventer, ils nous servent des hooks, de l’émotion, des voix assez juvéniles, c’est très bien.
Parlant de rock garage, une mention tiède aux Smith Westerns et leur Dye it Blonde pour un rock aussi pas mal fuzzé, archi simple, jeune, un peu rafraîchissant, mais dont on se tannera d'ici demain.
Ayant l’impression d’avoir pas mal fait le tour de ce qui se faisait dans l’indie folk, c’est sans grandes attentes que suite 7 a poppé le dernier Iron & Wine, Kiss Each Other Clean. Quand Sam Beam a annoncé que son prochain album ne serait pas folk mais bien rock contemporain, il ne parlait pas pour rien dire. Franchement impressionné par sa voix qu’il laisse aller une fois pour toute sur Tree by the River, une balade rappelant les sixties des Moody Blues ou de CCR. On se sent concerné par la ligne de bass dans la chanson Monkeys Uptown, un essai un peu plus "safari nocturne" à la Yeasayer. Le reste est couci-couça sauf pour les deux exceptions sus-mentionnées, on s’ennuie du bon vieux Iron & Wine enregistré dans son sous-sol.
À la prochaine.
http://www.myspace.com/pocahaunted
http://www.myspace.com/woodsmanman
http://www.myspace.com/youngprisms
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