Ne tuez pas Braids

Ne tuez pas Braids
  • Date:
  • Auteur: Audrey Canuel
  • Catégorie: Vu / Entendu

‘’Ce sont les nouveaux Animal Collective, mais avec encore de plus jolis animaux…’’ Ces mots naïfs, ce sont les miens. Le propos peut vous sembler excessif, je n’en déroge pas moins.  Ça, c’était il y a un an, à la sortie de la Sala Rossa où Braids avait ouvert pour feu Clues. J’étais subjuguée, anéantie; la formation d’Alden Penner venait d’être déclassée. Le choc. Et pendant des mois, j’ai apprivoisé mon nouvel amour. Braids, ce fut mon secret, mon truc à moi. Je n’ai pas l’habitude d’être radine avec mes découvertes musicales, mais là je n’en pouvais rien. Eux et moi. Le rêve. Lemonade en boucle jusque dans les rues de Berlin.   

Et voilà que je reviens ici. Et voilà que leur pop ambiante est encensée dans toute la presse métropolitaine.  Au point qu’au moment d’écrire ces lignes, j’ai l’angoissante impression que tout à déjà été dit. Et redit et lu et relu. Et jeudi dernier, alors que la pénombre du Studio théâtre Maison des Arts, m’absorbe, j’ai peur. Pas du noir non, peur d’être blasée. Ou pire qu’eux le soit. C’est qu’avec tout l’engouement suscité, je ne peux que me rappeler qu’on a déjà tué des bands pour moins que ça. Mes angoisses finissent par s’écrouler. L’énergie est la même qu’il y a un an. Rien ne s’est flétri. C’est encore la passion des débuts. Les redécouvrir et retomber amoureuse. C’est doux. C’est beau. C’est qu’ils sont complices, les petits. Elle se ressent, l’énergie qui les lie. Et non, je ne ferais pas de jeux de mots avec le nom de la formation, faites-le vous-même. C’est lourd. Et Braids, ce ne l’est pas. Mais ce n’est pas léger non plus. C’est de cette musique en suspend entre les étiquettes. Cette fausse candeur qui fait de leur travail quelque chose de différent. Et quand je les regarde jouer –littéralement jouer- j’ai l’impression d’assister clandestinement  à une de leur répétition. La troublante sensation d’être en trop, voyeur. Témoin de la création. Les regards qu’ils se lancent.

Ouf. C’est autant déstabilisant que rassurant, à l’image des harmonies vocales qui s’élèvent au dessus de nous. Les sourires. On s’amuse. Et aussi bien sur scène que dans le public. Et justement, quand je regarde autour de moi, je vois la concrétisation d’un mouvement qui caractérise notre époque. Hipster? (Soupir) Euh, oui d’accord hipster. Mais mouvement quand même et surtout. C’est ce concept de mouvement qui importe, pas le nom qu’on lui donne ni ce qu’on en pense. Il est d’ailleurs bien trop tôt pour le décrire, le soupeser et même le comprendre. Et surtout beaucoup trop tôt pour le tuer, ce hipsterisme. Allons, on baigne dedans, laissons-nous encore le temps. Et en attendant, cette submersion dans notre génération, Braids en guise de porte étendard, moi j’y plonge, j’y plonge encore.

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