Mon premier show

Mon premier show
  • Date:
  • Auteur: Harold Beaulieu
  • Catégorie: Archives 2011

Samedi dernier, j’étais assis avec ma blonde sur la minuscule terrasse du Pain Perdu et on parlait du rock alternatif contemporain. Je sais plus quand exactement mais, à un moment donné, j'en suis venu à lui raconter à quel point j’étais un immense fan de Thrice. En fait, je suis capable, hors de tout doute, d’affirmer sans broncher que c’est mon groupe préféré. Et pas seulement parce que c’était mon premier show.

C’était le 14 mai 2004. En fait, ça commence la veille, le jeudi. J’avais dix-sept ans. Je sortais avec une fille qui s’appelait Claudine Chabot. Ça faisait au moins trois semaines. Peut-être moins. En tout cas, assez pour qu’elle paye les 37 dollars que coutait le show. Elle était plus vieille et elle avait une job de réceptionniste chez REMAX. À notre échelle, elle faisait la palette! Donc, la veille, on était un peu plus d’une douzaine à boire des bières au Pit, un endroit du Mont-Saint-Hilaire bien connu par sa jeunesse pour y passer des soirées à faire la fête dans la forêt. J’ai passé la soirée à boire des cold shots et à frencher Claudine, caché dans les bois. Une nuit chaude du printemps qui ne s’est jamais vraiment terminée.

Toute la soirée, j’étais avec Karl Pépin, mon meilleur ami de l’époque. Lui aussi, il avait son billet. En fait, le vendredi matin, on avait une retenue d’avant-midi ensemble, de 9h à 12h. Je me rappelle plus tellement pourquoi l’école était fermée, mais ce n’est pas tellement grave. L’important, c’est que Karl et moi, avant la retenue, on a dormi de 6h45 à 9h dans une des plates-bandes de l’école secondaire. Une chance qu’on était chums avec le surveillant – il nous connaissait bien vu qu’on y était pas mal souvent – parce qu’on n’a pas été obligé de copier bien longtemps. Je me rappelle encore le proverbe qu’il fallait retranscrire : « Entre l’arbre et l’écorce, tu ne dois pas mettre le doigt. » Je me concentrais surtout à pas vomir la Molson Ex en cannettes dont j’avais oh combien abusé.

Quand on est enfin sortis de là, il faisait déjà vraiment chaud. Le 14 mai 2004, c’était un jour de canicule. Grâce au lift d’Alexandre Gélinas, un gars notre école, on s’est vite retrouvé dans une longue file d’attente devant l’immeuble de Musique Plus. Avant le show, Thrice venait y faire une courte apparition à Plus sur commande. À moins que ce soit autre chose? Peu importe, l’émission plate de 16h. En attendant dans la rue, la chaleur, mon lendemain de brosse et une pointe de pizza en guise de seul repas quotidien ont failli me faire tomber dans les pommes au moins trois fois. Je me vois encore, en reprise le lendemain, tout pâle, assis en haut à gauche de l’écran. Le groupe a joué une ou deux tunes acoustiques il me semble. En tout cas, Alexandre Gélinas avait réussi à avoir un pic de guitare autographié par Dustin, le chanteur. « DK » qu’il avait signé. J’étais tellement jaloux.

Après l’épisode M+, on s’est racheté de la pizza et on s’est dirigé vers le Cepsum. Maudit que j’ai trouvé ça laid, le Cepsum. Au moins, Claudine Chabot était là, avec mon billet. La tête d’affiche, c’était Dashboard Confessionnal. L’époque de Vindicated, la tune de Spider-Man 2. J’aimais ça, mais rien à comparer à Thrice. À par eux, il y avait deux autres premières parties. The Get Up Kids et autre chose. Je me souviens à quel point j’avais trouvé ça long avant Thrice. Surtout que, pour être sur d’être bien placé, Karl et moi, on était stationné à deux pieds de la scène. Je ne me rappelle même pas où était Claudine. Je m’en @#$%?&*# comme de l’an 40, comme dit ma mère. C’était long, je commençais à avoir royalement faim et mes réserves d’énergie étaient épuisées depuis longtemps. En gros, je ne tripais pas tellement.

J’ai commencé à reprendre vie à l’entracte de mise en place des instruments de Thrice. Tappei, le guitariste, est venu sur scène voir si tout était branché comme il faut. J’ai commencé, comme tous les autres, à crier et à me sentir vraiment fébrile. D’après moi, la majorité des gens étaient là pour Thrice ce soir-là.

Quand ils sont embarqués sur scène, ç’a été le début de ma première réelle expérience de show. Mon premier nirvana musical, le genre de chose uniquement possible quand l’entièreté de la foule est en communion complète avec la performance du groupe. Bizarrement, le show lui-même, contrairement à la journée complète, je ne m’en souviens pas tellement. C’est comme si le trip avait été tellement puissant qu’il s’est figé dans le temps. Je peux quand même revoir encore plusieurs choses. La nouvelle version de Kill Me Quickly et de So Strange I Remember You, Karl et moi, qui chantions chacune des paroles. Les coups de poings accidentels de trash que j’ai reçus, le gars de 40 ans, évanoui, squeezé à la verticale dans la foule trop dense. On a juste finit par soulever en bodysurfing. Mon premier bodysurfing. Il me semble que j’avais des larmes de joie…

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Deadbolt… je vais toujours m’en rappeler. Le plus beau moment musical de ma vie. Le moment unique que, comme un junkie, j’ai toujours tenté de retrouver. À chaque fois que j’ai revu Thrice, j’ai toujours attendu cette chanson et, à toutes les fois que je l’entends, live ou dans mon salon, elle me ramène à mon premier show.

Le 14 mai 2004, presque que le 15, à Dashboard Confessionnal, je me suis assis dans les gradins du Cepsum. J’étais dans un état de grâce qui s’approche de celui dans lequel on est après l’orgasme. Souffle court, sourire niais, relâchement émotif. Le bonheur. La tête d’affiche, elle m’a passé six pieds au dessus de la tête. On est même, comme nombreux, partis avant la fin. Le show, c’était Thrice.

En septembre, le groupe sortira Major/Minor, son dixième album studio. Après le punk rock, le posthardcore, le rock expérimental, le folk, le blues et j’en passe, on y annonce une certaine influence grunge. Je me souviens pourquoi j’en suis venu à parler de mon premier show avec ma blonde. Je voulais lui dire que, pour moi, Thrice, c’est un peu comme mon porte-étendard de la musique alternative de la dernière décennie. Treize ans de carrière et dix albums. Un son, une démarche et une progression incontestablement palpable. Le 14 mai 2004, je suis devenu un passionné de musique. Sept ans plus tard, c’est toujours le groupe que je préfère.

P.S. Claudine, je m'excuse de ne jamais t'avoir remboursé. Je t'en dois vraiment une.
 

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