Chaque fois que je déménage, je me rends compte que j’accumule beaucoup trop de crap. Je ne fais jamais le ménage en faisant mes boîtes, parce que ça me prendrait une éternité et un bras, alors le dépaquetage devient un petit enfer personnel qui n’en finit plus de finir.
Je suis reconnu pour garder en captivité des boîtes que je ne défais à peu près jamais, jusqu’à ce que je me décide à les ouvrir des années plus tard pour me rendre compte qu’elles ne contiennent rien d’intéressant. Des vieilles passes média, des lunettes de soleil démodées, des disquettes, des VHS, des cassettes audio, des 45 tours, des 8 pistes… Un concentré de passé obsolète qui ne sert plus à rien. Je saisis mal ce que ça fait encore dans mon appartement.
Pourquoi, par exemple, garder chaque numéro hebdomadaire du New Yorker depuis 2004 alors qu’il existe un « hard drive » que l’on peut acheter pour environ 200$ avec tous les numéros digitalisés, de 1925 à aujourd’hui? Mystère et boule de gomme.
Pourquoi conserver environ 25 livres de poche de Balzac, alors que je n’ai pas lu cet auteur depuis la fin des années ’90? Provisions en cas de siège. Investissement pour mes années de grand-père. Accélérant en cas d’incendie. Briques pour construire des meubles en papier.
Je ne suis pas ce qu’on appelle communément un hoarder ou un « pack rat », mais j’ai la mauvaise habitude de conserver beaucoup de trucs inutiles, « juste au cas où ». Des VHS au cas où j’aurais UN JOUR le temps de visionner un long métrage, des magazines par centaines pour mes vieux jours de lecteur vorace, une montagne de 12" vinyles que je ne joue plus depuis des années, des disques compacts à n’en plus savoir quoi faire.
Je me fais des paper cuts sur tout ce papier, et le reste prend la poussière sur des étagères de plus en plus nombreuses. Étagères Ikéa qui sont un casse-tête à monter, bien entendu. Mon coloc me hait.
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Le printemps est à son apothéose. Je suis enfermé au bureau. Situation que vivent sans doute beaucoup d’entre vous, alors compatissez. La place que j’occupe dans l’entreprise verdunoise qui m’emploie donne directement sur la rue, ainsi que sur l’entrée d’un métro. C’est une symphonie de pantalons de joggings que je vois parader, matin et après-midi. Des individus qui marchent parfois résolument, parfois en flânant, vers une destination inconnue. Je les suivrais bien, mais j’ai du boulot.
Il y a des visages connus, qui passent devant ma vitrine des dizaines de fois par jour, qui prennent le temps de jaser avec la brigadière, qui fument pensivement des cigarettes en regardant la rue. Des mères qui escortent leurs enfants, qui les accompagnent dans chacun de leurs mouvements. Beaucoup de policiers. Des petits gangsters.
Je rêve toujours, pendant une fraction de seconde, que je me fonds en eux, que je les infiltre, et que je passe quelques heures avec eux pour mieux les comprendre. Que je deviens le fameux « petit oiseau » qui les suit dans les airs pour voir où ils vont, ce qu’ils feront du reste de leur journée, ce qu’ils mangeront pour souper.
À propos de l’auteur : Clifford Brown a toujours eu une facilité déconcertante à manquer de focus, à ne pas mener à bien les tâches qu’on lui confie, et à religieusement éviter les coups de fils qui lui sont destinés. Il coule à Rosemont une vie aussi paisible qu’agitée.
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