Dans la série « demandes spéciales », on s’intéresse souvent aux obscures origines de mon nom de DJ. Clifford Brown, ça ne sonne pas comme un nom francophone, et certains croient aussi que je suis noir. Du moins, le croyaient avant que je ne me retrouve avec près de 5000 connections sur Facebook.
Il faut, pour comprendre mon cerveau malade, revenir sur certains aspects de mon passé trouble. Je vous ai déjà entretenu de ma fascination pour le médium du VHS, qui a hanté ma jeunesse et mon adolescence (je suis vieux). Pendant les années où j’ai éprouvé pour ces grosses cassettes en plastique une fascination extrême, je découvrais aussi l’univers d’un cinéaste espagnol singulier, Jesus Franco Manera. Mon amour pour son œuvre allait me valoir mon lot de moqueries de la part de mes collègues étudiants en cinéma du collège Montmorency, mais je ne me suis jamais soucié de l’opinion d’autrui, et ça n’est pas aujourd’hui que je vais commencer à le faire.
Jesus Franco, c’est tout un cas, qui nécessiterait lui-même une série d’articles. Pour la pertinence de mon anecdote, il me suffira de vous dire qu’il signait souvent ses films les plus trash de pseudonymes, et étant un fan fini de jazz, l’un de ceux qu’il préférait était Clifford Brown II. Étant moi-même amateur du célèbre trompettiste, et encore plus amateur du cinéaste fou (qui a à ce jour réalisé plus de 200 longs métrages), il m’apparaissait sensé de choisir Clifford Brown comme alias. D’autant plus qu’en Cooper, sur un fond d’écran granuleux de pellicule douteuse, ça en jette.
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Et avant Clifford Brown, j’étais « Robot Monster ». Un nom improbable, peu vendeur, encore une fois influencé par mon amour du cinéma de série Z. On parle de 2000, année où j’achetais mes premières tables tournantes, où le Jingxi existait encore, et où je fréquentais épisodiquement les soirées Shredder du Blue Dog.
Mon ami Éric Bertrand – aujourd’hui animateur de l’émission Vive le Rock! sur CHOQ, et rockeur à temps plein – et moi avions mis en place une soirée du dimanche au Félix Bar, qui est par la suite devenu le 980, puis la Quincaillerie que l’on connaît aujourd’hui, sur Rachel. Le logo du bar, c’était Félix le chat. Et même si internet est un immense cimetière de l’information avec un stockage illimité, Google m’informe à l’instant qu’il n’en reste pas beaucoup de traces.
C’est là que j’ai connu Séba, de Gatineau, qui avait alors une coupe de cheveux gothique, portait des chandails de Sisters of Mercy, et venait nous demander de jouer The Smiths. La soirée s’appelait Robot Tears, et on y jouait de l’électro et de la musique des années ’80. Toujours sans beatmatcher, et toujours pour une audience éparse de joueurs de pool saouls, et des quelques-uns de nos amis qui osaient sacrifier leur lundi matin pour la cause. Quand il n’y avait vraiment personne, on fermait la place à l’avance et on marchait vers l’ouest jusqu’au Jingxi (aujourd’hui le Gymnase) pour aller finir la soirée.
Nous quittions le Félix avec à peine de quoi payer notre bill, deux amis en plus, une amante en moins, dans l’indifférence générale. Il allait s’écouler encore plusieurs années avant que j’aie la chance de me produire dans un véritable club, mais c’est une tout autre histoire.
À propos de l’auteur : Clifford Brown était de la partie lors de l’invention du feu et de la roue, mais son alzheimer l’empêche malheureusement d’éclairer les scientifiques sur la cause de la disparition des dinosaures.
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