Leave Ferrandez alone?

Leave Ferrandez alone?
  • Date:
  • Auteur: Clifford Brown
  • Catégorie: Rousseur(s)

Il était une fois un petit quartier coupé du monde, situé au coeur d’un secteur autrefois populaire, où les z’artistes de la ville se rassemblaient régulièrement autour d’une pinte Chez Baptiste. Consommateurs de produits équitables, ils s’affichaient avec nonchalance dans les pages Street Stylin’ du magazine Nightlife, se définissaient par leurs hobbies plutôt que par leurs boulots alimentaires, et rêvaient collectivement de gambader dans des rues « vertes » sans voitures, chevauchant leurs Bixis, cultivant le persil et la procrastination.

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Je me suis souvent dit qu’il était dans mon intérêt de me tenir loin de la politique, et de me limiter à des dissertations délirantes sur des sujets que je maîtrise bien. Je vous ai déjà dit tout le bien que je pense du gouvernement conservateur – et mon opinion ne va pas s’améliorer avec le projet de loi C-10 – à l’issu des dernières élections, mais je n’ai jamais osé aborder de front le sujet du politicien dont les décisions ont actuellement l’impact le plus immédiat sur mon existence : Luc Ferrandez, maire d’arrondissement du Plateau Mont-Royal.

N’en jetez plus, la cour est pleine. Jadis peu intéressé par la politique d’arrondissement, car rarement interpellé par ses enjeux, le nom de notre maintenant illustre sujet du jour est pour la première fois parvenu jusqu’à mes oreilles dans le cadre de la mise en place de l’infâme projet NOISE. Pour ceux qui viennent de débarquer de Mars, c’est en gros un paquet de mesures qui vise à limiter la diffusion du bruit dans les rues du Plateau par les bars, clubs et salles de spectacles. Au menu : amendes salées aux contrevenants, visites d’escouades de casseux de party dans les événements festifs, réprobations moyen-âgeuses et mise en valeur des bourgeois intolérants, ces jeunes professionnels aux valeurs strictes qui croient pouvoir bénéficier des avantages de la ville et de la campagne au même endroit, et qui tentent de changer le cadre physique – ainsi que les habitudes de tous les gens faisant partie de ce cadre – qui les entourent plutôt que de changer eux-mêmes, ou tout simplement déménager au fond d’un rang et nous foutre la paix.

Puis, afin de réduire le nombre de voitures passant par son arrondissement tout en s’enrichissant sur le dos des conducteurs, il a eu la bonne idée d’augmenter le nombre de parcomètres, d’augmenter leurs tarifs, et de faire disparaître une quantité inouïe d’espaces de stationnement gratuits.

Son dernier fait d’armes, les fameuses « mesures d’apaisement de la circulation », est arrivé en même temps que des travaux majeurs un peu partout dans les rues du Plateau. Les mesures? Des dos d’âne, des interdictions de passer, et un beau bordel de changements de sens de la circulation sur une multitude de rues à sens unique. Le tout, bien évidemment, transformant des déplacements autrefois prodigieusement simples en expériences cauchemardesques.

Ces citoyens qu’il prétend servir? Il leur rend la vie impossible. On ne convainc pas un propriétaire d’automobile de renoncer à son véhicule de cette cavalière façon. Et les transports en commun, désuets au-delà du possible, ne sont malheureusement pas une alternative acceptable. Les statistiques le prouvent : le temps de déplacement moyen du domicile au travail, pour la plupart des travailleurs de la ville, est plus court de 20 minutes pour les automobilistes.

Si jamais la STM réalise que nous ne sommes plus dans les années ’60 et modernise son réseau, il deviendra peut-être profitable d’utiliser ses services. Mais en attendant, la voiture demeure pour plusieurs le véhicule optimal, ne serais-ce que pour arriver à l’heure au bureau sans être victime d’une panne de service du métro, ou exclu d’un wagon surpeuplé à l’heure de pointe.

Leave Ferrandez alone?

Je le laisserai tranquille le jour où il nous fera le bonheur de réparer ses outrages au bon fonctionnement du Plateau, pour ensuite démissionner et déménager sur une île déserte où il pourra vivre son utopie irréaliste sans prendre en otage et / ou mettre en danger le reste de la population.

À propos de l’auteur : Clifford Brown s’est heurté, un soir en rentrant chez lui, à des mesures d’apaisement de la circulation qui ont fait dévier son chemin vers Rosemont. Il habite depuis ce quartier sans prétention et ne s’en porte que mieux.

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