Dirty Projectors et Purity Ring @ SAT - 7 juillet 2012
Dirty Projectors est une remarquable bizarrerie. Se sont penchés avec sérieux sur son œuvre les plus grands cracks en musique de la blogosphère, en vain parfois, d’où maintenant le grand foisonnement d’appellations de son style : post-moderne pop, avant-garde rock, nu-folk, baroque indie, hipster art, éprouvette-groove, cérébro-funk, neurobeat, afronerd, geek-ziq, etc. On ne s’entend à peu près sur rien si ce n’est que la douance et les compétences sont comprises dans la pochette, pour l’exaltation des uns et l’irréductible indifférence, voire aversion, des autres. Si la chose était quelqu’un, je la comparerais à ce cousin éloigné dégingandé qui raconte une fois l’an, autour d’une dinde, des charades sans punch que personne comprend. On a beau dire à la copine du moment qu’il gagne à être connu, l’étrangeté du caractère fait souvent barrage à une investigation approfondie de la personnalité du bonhomme. Trop weird. Tant pis.
S’il se donne en spectacle, moi j’assiste.
En cette dernière soirée du Jazz, non loin de Chroméo, les dProj se produisent à guichet entrebâillé dans une SAT surchauffée. L’agitation du public n’a d’égale que la défaillance du système d’aération. On oscille entre le survolté et le révolté. Et comme le carnet de notes du rédacteur n’est pas terrible en position éventail, la soirée s’annonce collante à torride, en passant par pénible. Courage!

D’abord, Purity Ring, un duo pancanadien, originaire d’Edmonton et Halifax et maintenant établi à Montréal. Formé de Corin Roddick et Megan James, il nous propose une électro-pop futuriste drôlement séduisante. Lui se charge des beats sur un drum-kit déguisé en lanternes chinoises, elle, d’une voix de fée sur toile de grosse caisse surélevée et rétro éclairée. On avait déjà entendu et beaucoup aimé les extraits Obedear et Belispeak annonçant la venue de leur premier album, Shrines, à paraître le 24 juillet. On a hâte de connaître avant de reconnaître à nouveau sur une scène près de chez soi. Avenir prometteur à prévoir.
Ensuite, Dirty Projectors. Formation à dimension variable, elle est maintenant composée de trois hommes et trois femmes, parmi lesquels son noyau dur formé du lider maximo David Longstreth et son égérie Amber Coffman. Sur fond de drap blanc mal tendu (wow!), Les musiciens démarrent sur les chapeaux de roue avec Offspring Are Blank, première pièce du nouvel album Swing Lo Magellan. Le ton est donné au spectacle le plus « saisissable » du groupe, alimenté par les pièces les plus « sympathiques » de la troupe. Je me permets ici une parenthèse critique pour rassurer les fans de la première heure. Musicalement, les ingrédients de base demeurent sur le nouveau LP. La plupart des morceaux sont toujours assis sur cette technique du hoquet médiéval qui consiste à morceler une ligne mélodique sur plusieurs voix. On retrouve aussi, peut-être à moindre échelle cette fois-ci, l’influence de l’afrobeat et des rythmiques et techniques popularisées par Fela Kuti et Ali Farka Touré. Ajouter à cela du Bjork et du Byrne, modèles a priori et à postériori, et vous aurez une bonne idée de… non? Faut écouter j’imagine.

Le spectacle est donc à l’image de ce nouveau répertoire : accueillant et d’un abord facile. David, renfrogné de nature, se permet même un éloge des montures de lunettes montréalaises. Avant-gardiste jusque dans la myopie. Bref, tout le monde est tout sourire. La pièce titre, balade bucolique, et Dance For You, numéro dodelinant, nous apprennent que Dirty Projectors s’écoute dorénavant non seulement avec la tête, mais aussi avec le cœur et les pieds. Plus tard, Gun Has No Trigger et, à plus forte raison, Stillness Is The Move, tiré du Bitte Orca précédent, nous rappellent le talent de compositeur et parolier de Longstreth et la virtuosité de ses partenaires. Il faut être en forme et bien entraîné pour reproduire sur scène une musique aussi précise échafaudée en studio. L’exercice est réussi, haut la main.
Dans l’ensemble, on a assisté en ce bouillant samedi de juillet à la transformation d’une chenille savante en papillon charismatique. Parions même que la copine du moment, si réticente à la première approche, succombera aux charmes du bizarre parent transformé en singulier séducteur. Fier de toi DP.
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