La dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours

La dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours
  • Date:
  • Auteur: Harold Beaulieu
  • Catégorie: Archives 2011

La semaine dernière, j’ai adhéré à Greenpeace. Moi à Greenpeace et mon coloc à Québec Solidaire. Il m’a dit qu’il voulait être le plus socialiste de gauche possible et qu’il ne perdait pas sa ferveur souverainiste. J’ai répondu que la souveraineté, c’était terminé, que nos énergies devaient se concentrer sur les grands enjeux mondiaux en devenir, à savoir l’environnement. Il a fait quelque chose comme grogner en me traitant de bourgeois, je m’en souviens plus exactement. En fait, la semaine dernière, tout le monde m’a traité de bourgeois. Je ne vous l’ai pas dit, mais j’ai le malheur d’être en faveur de la hausse des frais de scolarité. Et du bombardement de l’UQAM aussi. Mais je vous garde les détails pour une autre fois parce que, depuis deux jours, on est en campagne électorale!

Le 2 mai, on aura peut-être la chance de chasser les conservateurs de Stephen Harper du parlement. Une mince chance, mais une chance quand même. Mes prédictions? FAIL. Sans doute le même résultat que la dernière fois, à savoir un gouvernement conservateur minoritaire ou, si Michael Ignatieff, l’homme le plus intelligent qui pourrait être actuellement à la tête du pays, consent à l’entrevoir, une coalition entre le parti libéral, le Bloc et les néo-démocrates. Pour ma part, mon vote ne changera rien, donc je ne voterai pas. J’habite dans Laurier-Sainte-Marie et ça prendrait vraiment une catastrophe pour que Gilles Duceppe ne soit pas élu. Alors, à la place, je donne dix dollars par mois à Greenpeace pour qu’ils se battent à ma place pour empêcher qu’on installe des puits de gaz de schiste dans le Mont-Saint-Hilaire de mon enfance. C’est mon militantisme. En prime, un tee-shirt et un livre sur « Comment vivre vert ». D’habitude, ils le vendent 25$, mais moi, ils me l’ont donné. Just sayin’.

Tout ça pour dire que, fort probablement, les élections du 2 mai ne changeront rien. Les enjeux de la campagne? Essentiellement économiques. Vraiment pas grand chose sur la souveraineté. Tellement que, ce matin, Gilles Duceppe, qui n’en parlait pas en entrevue, s’est fait demander « et la souveraineté, dans vos enjeux? » Fallait le voir répondre : « Ben là, s’t’évident! » Donc, presque rien sur le nationalisme. Certainement pas sur la culture et la langue non plus. On a avalé la pilule. Medley des quarante dernières années de musique canadienne hier soir aux Juno : pas une cri** de chanson en français. L’album francophone de l’année et la prestation de Karkwa. Aweye-moi ça hors d’onde! Ouf.

Donc, le 2 mai, vos votes, si importants, ne changeront rien. Parce que vous faites partie d’une génération qui a grandi dans l’essoufflement du militantisme, découragée par les derniers échecs de notre souveraineté. Nos parents ont abandonné et nous, on s’en fout un peu. Mon père et sa femme me demandaient cette semaine c’était quoi les motivations de ma génération. Je leur ai parlé, sans grande fierté, de notre individualisme, de notre confort et de notre indifférence. J’avais un prof au secondaire qui parlait d’une génération élevée dans « la mollesse et la facilité ». Ça me fait chier, mais il avait raison.  

Et si, le 2 mai, on en avait marre de la grosse rhétorique gouvernementale qui endort nos positions. C’est facile de dire « moi je suis si, moi je suis ça, je supporte ça, je suis contre ça ». Dans les faits, j’en connais pas beaucoup qui posent des gestes concrets, moi le premier. Faudrait peut-être faire mentir Woody Allen qui disait : « La dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours! » Ça fait sourire, mais ça reste criant de vérité. Notre immobilisme est épeurant.

On pourrait peut-être profiter des élections pour commencer à bouger un peu! Genre, faire valoir réellement nos idées, se battre pour nos idéaux. On ne reviendra pas sur le fait que le Québec a une culture, une langue et une vision distincte. « Ben là, s’t’évident! », dixit Duceppe. Donc, le 2 mai, vous irez tous voter j’espère. Peu importe si on est québécois ou canadien, dans l’ordre qui nous chante, il faut faire valoir ses idées. Surtout, arrêter de parler et de ne rien faire, comme c'est trop souvent le cas. L’avenir est bondé d’enjeux qui nécessiteront notre engagement. Faut commencer quelque part. Le 2 mai, j’irai voter.    

Commentaires