Je l’ai vu à la radio

Je l’ai vu à la radio
  • Date:
  • Auteur: Harold Beaulieu
  • Catégorie: Archives 2011

Je l’avoue d’emblée, j’ai volé mon titre à Franco Nuovo. C’est que, un certain samedi au volant de ma voiture, l’ami Franco, à sa toujours agréable émission du samedi, m’a mis la puce à l’oreille. Après une entrevue condescendante avec l’affligeant Patrick Huard (ils sont deux amis de longue date), la seconde partie de l’émission avait comme sujet une opinion que lançait Nuovo. En gros, l’animateur y stipulait que la grande majorité des jeunes auteurs-compositeurs-interprètes québécois de la nouvelle génération étaient, et je cite, « tous pareils et interchangeables ». 
 

Heureusement que Laurent Saulnier (vice-président de la programmation aux Francofolies et ancien journaliste du Voir) et Sylvain Cormier (critique musical au Devoir) faisaient partie des invités parce que, s’ils ne remettaient pas les pendules à l’heure, je crois que j’aurais eu un accident. Or, là où l’intervention m’a le plus intéressé, c’est où Cormier avance que « l’idée de structure traditionnelle de composition a beaucoup éclaté ». Selon ses dires, la forme « intro-couplet-refrain-couplet-refrain-pont-résolution » ne reflète plus du tout la réalité musicale de la nouvelle génération et c’est cette tendance qui porte à la ressemblance. Ça m’a frappé.
 

Évidemment, en journaliste culturel avisé, Cormier a tout de suite lancé l’exemple de Karkwa (et de tous les projets de Louis-Jean Cormier). La déconstruction de la musique du groupe est non seulement bien évidente, mais elle s’inscrit également parfaitement dans une mouvance bel et bien réelle. Faites l’exercice et pensez à quelques-uns des albums montréalais, de la nouvelle génération, sortis dans les dernières années. Labyrinthe de Malajube. La saveur progressiste du disque ne faisait pas du tout l’unanimité au début. Clues, disque on ne peut plus éparpillé. L’album Fives Roses de Miracle Fortress (qu’on a oublié trop rapidement à mon avis), avec tous ses crescendos. Et l’autre groupe de Jessie Stein, The Luyas, dont l’album Faker Death m’avait jeté à terre il y a deux ans. Too Beautiful To Work, leur deuxième album, est prévu pour la fin février. Soit dit en passant, à mon avis, ça surpasse Braids. Ceux-là, les chouchous du mois, ne sont-ils pas appréciés pour leur éclectisme? Oui, et il y en a beaucoup d’autres.
 

Il y a véritablement une tendance. Remarquez, c’est loin d’être négatif, au contraire. C’est peut-être un signe que « la nouvelle génération », comme le dit si bien Nuovo, est en train d’accomplir quelque chose de distinct. On entend souvent que les hipsters ne font rien de nouveau. Sur plusieurs points, ce n’est pas faux. Je ne sais pas ce que mon collègue anthropologue Jonathan Rouleau en pense (et j’en ai bien peur), mais je crois que là, avec tous ces exemples, on peut réellement cibler quelque chose de novateur. À l’émission de radio, Saulnier parlait du « nouveau rôle du studio ». Comme quoi, aujourd’hui, sa facilité d’accès permettait plus de latitude. C’est sans doute vrai. Personnellement, j’ai toujours cru que la force de Montréal, c’était son pluralisme. Toutes ces langues, ces cultures, ces idées qui engendrent des choses singulières. Et s’il y a une véritable tendance, c’est que ce sont souvent de bien belles choses. 
 

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