Je m’suis fait mettre à la porte du Collège Saint-Jean-Vianney à la fin de mon secondaire 2.
Visiblement, les professeurs n’aimaient pas les élèves turbulents qui, lorsqu’on leur demandait de sortir leur bureau et leurs choses dans le corridor le faisaient, mais revenaient s’asseoir en indien dans la classe en disant «Ben quoi, j’ai jamais entendu «sors toi aussi ?»»
C’était la belle époque, y’avait rien d’important anyway, c’est juste en 4 que le Cégep regarde tes notes.
Alors donc, j’ai changé d’école. J’ai changé de type d’école aussi. Je suis passé du privé au public. Lequel ai-je préféré ? Aucun. Je n’ai jamais aimé l’école de toutes façons, ce qui explique mon unique diplôme d’études secondaires avec des maths de 4 (416) et qui explique mon grand retard intellectuel flagrant et ma non-capacité à vivre en société. (NOT)
Ceci dit, j’arrive au public. Je peux maintenant me démarquer un peu plus dans la foule, parce que l’on me permet de m’habiller comme je veux. Je suis un “skater” à l’époque et je joue du drum. Les filles me remarquent, ça m’fait bizarre.
Je passe d’une école où j’étais un nerd à lunettes, avec un petit groupe d’amis (À qui je parle encore, avec qui je sors dans les bars et que j’aime très fort) à une école où je suis «Le nouveau, le skater qui joue du drum»
Chose étrange, ma personnalité était restée la même. Comme si mon style vestimentaire n’avait aucun impact sur elle (Ah ben toé…!). La seule chose, c’est que personne ne peut le voir, à court terme. Il faut connaître la personne, briser la barrière de la crainte du jugement, pour traverser l’enveloppe corporelle et atteindre finalement ladite personnalité qui FINALEMENT nous permettrait d’avoir un jugement éclairé sur un autre être humain. Mais c’est ben trop long, pis y’avait pas d’application pour iPhone dans c’temps-là.
J’en ai bavé au secondaire. Le 3 et le 4, particulièrement. J’ai changé de style 14 fois, j’ai eu les cheveux rouge, bleachés (C’est à cause du Ska…) orange, noir (C’est à cause du black métal et de Papa roach) et j’ai jamais fini par en trouver un qui me rendait heureux mais qui surtout, me représentait.
J’étais devenu «populaire» à l’école publique parce qu’en arrivant, une fille de secondaire 5 avait dit que j’étais «cute». Ensuite POW, tout s’est enchaîné ; selon les autres, j’me pensais bon, j’avais une démarche de cool, j’étais baveux, j’me foutais de tout l’monde, j’étais un player, j’pouvais pitcher de l’électricité (Ça y’a juste moi qui le pensait. Pis un p’tit gros chinois qui trippait sur Dragon ball, j’avais réussi à le convaincre en lui disant que si j’lui montrais, un enfant devait mourir alors il voulait pas que j’le fasse. Anyway…)
Tout ça pour dire que sans me connaître, sans me parler et sans même savoir d’où je venais, les gens avaient une idée de qui j’étais. Parce qu’une fille “cool” de secondaire 5 avait dit que j’étais cute. Quelle excellente base pour juger un être humain.
Pour le jeune garçon angoissé que j’étais, c’était insupportable. J’étais anxieux, je dormais très mal et je pleurais. Ça faisait de la peine à ma mère, qui ne comprenait pas pourquoi un jeune homme brillant, pas trop laid, curieux, ambitieux et se tapant de bonnes notes pouvait avoir autant de peine.
J’ai survécu, parce que j’savais que j’étais pas un con et aussi parce que je faisais rire les gens, ce qui m’attirait la sympathie des ceux susceptibles de me casser la gueule pour rien. Ils me trouvaient drôle alors ils me laissaient tranquille. C’est pas stressant du tout quand t’as 14 ans.
J’imagine qu’aujourd’hui ça n’a pas changé. Je plains les garçons ou les filles qui subissent le même traitement et je leur souhaite de rester fort jusqu’au bout, afin de se bâtir une personnalité et une vie dont ils seront fiers, une fois adultes.
Ok, arrête de pleurer, c’est quoi le rapport avec le titre de ton billet dude ?
Bon voici.
Le mot «Hipster» revient souvent ces temps-ci et ça m’agresse de plus en plus. C’est un peu moins pire que c’qui s’passe en Corée, mais là aujourd’hui, j’ai envie de parler d’un truc qui semble anodin mais qui blesse des gens et nous ramène comme en secondaire 2, quand on portait des jugements de valeur sur des gens que l’on ne conaissait pas, en se basant sur leur tenue vestimentaire.
T’sais, aujourd’hui, à 25 ans, j’ose espérer que mes pairs me jugeront selon mes compétences et mon professionalisme. J’ose espérer que mes amis me jugent selon ma personnalité, mes défauts et mes qualités parce qu’ils me connaissent. J’ose espérer aussi que les gens de mon âge ou plus vieux, me jugeront seulement après avoir discuté avec moi et non en allant tapper mon nom dans Google.
J’ose espérer aussi, que les gens de ma génération, jugeront les autres avec précaution, peu importe leur style.
Je suis le premier à porter des jugements d’apparence ; les gothiques, ça m’fait rire, les filles qui s’habillent en pin-ups aussi. J’me dis que quand t’as l’air d’être déguisé dans vie, c’est parce que tu prends pas ça ben ben au sérieux.
PAR CONTRE, si un gothique se faisait ramasser par un char ou avait visiblement besoin d’aide, j’serais le premier à intervenir. J’le raconterais ensuite et ça serait drôle, mais sur le coup, j’aiderais un autre humain.
Ok pour vrai, t’arrives-tu à ton point Alex ?
Oui.
«Les hipsters sont des artistes ratés, dépourvus de personnalité et de sens critique»
Wow. Délicieux. Du beau jugement de marde.
Voici pour moi, ce que veut dire Hipster :
«Hipster est un terme popularisé par des gens qui manque de vocabulaire, d’imagination et de culture pour catégoriser une personne qu’il ne pourraient imaginer à la barre d’une émission à TVA»
Croyez-moi, l’être humain est beaucoup trop complexe pour être décrit en un seul mot. D’où la raison de ma frustration devant autant de facilité et d’ignorance.
Hier soir, j’étais au Quai des brumes pour le show de Our Book And The Authors. Les quatre gars fittaient pas mal dans la «vraie» définition de ce qu’est un hipster. Moi, c’que j’ai vu, c’est quatre musiciens, excellents, qui une fois les talents combinés, ont donné lieu à un des meilleurs shows que j’ai vu depuis un an.
Pour des gars qui pourraient pas remplacer Pierre Bruneau, c’est tout de même étonnant d’arriver à émouvoir une foule, non ?
Conclure, finalement.
J’me suis déjà fait dire que j’étais hipster. J’étais content, c’est la première fois de ma vie que quelqu’un arrivait à me donner un style quelconque. J’ai ri, ça ne me dérange plus quand les gens racontent n’importe quoi. Mais quand ça blesse les autres qui ont un peu moins de caractère, ça me fait rager.
J’implore le gros bon sens, afin qu’il règne sur terre et dans les médias, pour qu’on arrête d’entretenir cette fausse guerre de style, qui n’aide pas du tout nos jeunes à se reconnaître et à vouloir devenir ce qu’ils ont envie d’être.
C’est cheesy au boutte, mais mettez vous à la place de vos enfants si vous en avez ou quand vous en aurez et imaginez qu’ils pleurent, en disant «J’me fait écoeurer, parce que j’porte du linge» ou «J’arrête pas de me faire traiter de hipster et les gens rient de moi parce que j’écoute pas du David Guetta»
C’est pathétique, j’voudrais jamais que mes enfants ou même ceux de mon pire ennemi subissent autant de stress inutile engendré par des imbéciles qui connaissent trois adjectifs dont deux en anglais.
La solution ? J’en propose deux.
Soit on ouvre tous très grand nos esprits, soit il faut tuer tous les hipsters.
Une des deux est plus difficile, moralement mais fait beaucoup plus de sens, j’vous laisse deviner laquelle.
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Le blogue personnel d'Alexandre Champagne ici
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