Hymne des pauvres

Hymne des pauvres
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  • Auteur: Marie-Pier Perron
  • Catégorie: Vu / Entendu

Brigitte Haentjens, metteure en scène de Sibyllines, a décidé de s’attaquer à une des plus grandes pièces de Brecht, L’Opéra de quat’sous. Après nous avoir présenté des œuvres poignantes comme Blasté ou 20 novembre, elle est de retour avec un spectacle mettant en scène 19 comédiens et 5 musiciens.

L’Opéra de quat’sous, c’est une grande fresque noire parsemée d’escrocs, de profiteurs et de désabusés, qui sont tous obnubilés par l’appât du gain. Même si la poursuite de cette quête engendre meurtre, corruption, menace, trahison ou abus de pouvoir, les protagonistes n’hésiteront pas à user des pires ruses et de la violence pour arriver à leurs fins dans un Montréal sombre d’avant-guerre.

On retrouve Jonathan Peachum, cet homme qui exploite les plus faibles en les faisant mendier à son compte. Il a plus d’un tour dans son sac pour susciter la sympathie des gens devant la misère des pauvres. Il y a également Mackie-le-Couteau, ce « pseudo-gentleman », qui arrive à vivre grâce à d’horribles crimes – vol, viol, meurtre. Les deux hommes se retrouveront en conflit lorsque la fille de Monsieur Peachum s’éprendra du magouilleux Mackie. Une grande rivalité s’installera entre les deux hommes, les plaçant dans une situation où l’un seul pourra en sortir gagnant.

Haentjens a eu du fil à retordre en travaillant ce texte. En effet, elle ajoute même que : « Il a bien fallu me heurter de plein fouet à cette écriture nerveuse, parfois sauvage. Cette bataille est la seule façon pour moi d’appréhender vraiment un texte. Le combat fut sanglant, car la plume de Brecht est méchante. » Avec l’aide de Jean-Marc Dalpé, le texte fut d’adapter pour situer l’histoire dans un Montréal d’avant-guerre au moment de la visite du Roi Georges VI. On peut apprécier les mélodies et les propos, le tout avec des tonalités et quelques sacres bien placés. La rythmique et la musicalité des mots résonnent dans la bouche des interprètes qui ont la lourde tâche de rendre ce texte cru et noir. À quelques moments, on sent que le texte ne coule pas aussi bien qu’il le devrait, mais on l’oublie vite grâce à la mise en scène dynamique de Haentjens. On retrouve l’esprit Vaudeville avec un côté plus sombre, voire trash. Comme avec sa pièce Woyzeck, L’Opéra de quat’sous a une scène en pente avec une mezzanine. Cette composition scénique complique davantage la tâche aux comédiens qui doivent composer avec ce facteur de difficulté supplémentaire.

19 interprètes font partie de la distribution de L’Opéra de quat’sous. Parmi ceux-ci, on retrouve certains chouchous de Haentjens, Sébastien Ricard, Marc Béland et Céline Bonnier, mais aussi d’autres comédiens bien connus, dont Kathleen Fortin, Maxim Gaudette et Francis Ducharme. Cette belle brochette d’interprètes chante et danse sur une musique live. Cinq musiciens bien en vue sur la mezzanine accompagnent les différentes parties du récit et supportent l’action et les chansons.

Bref, Brigitte Haentjens nous propose une pièce très dynamique remplie de rythmes et de mouvements, mais également d’une critique sociale forte allégée par une touche humoristique bien dosée.

L’Opéra de quat’sous, une création de Productions Sibyllines, présentée du 24 janvier au 11 février à l’Usine C.

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Crédit photo : Lydia Pawelak

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