Foutrement : la mécanique du corps

Foutrement : la mécanique du corps
  • Date:
  • Auteur: Maryse Boyce
  • Catégorie: Vu / Entendu

Pour quatre jours seulement, du 25 au 28 janvier 2012, le théâtre de Quat'Sous nous donne la chance de voir ou de revoir la deuxième création de la chorégraphe Virginie Brunelle, Foutrement, qui avait à l'origine été présentée à La Chapelle. Cadette de Le Complexe des genres, mais aînée de Les Cuisses à l'écart du coeur, la pièce aborde un thème cher à la chorégraphe, la dynamique des relations homme-femme. Elle jette cette fois-ci une attention particulière à l'adultère. Compte-rendu d'une soirée qui marque.

À l'ouverture de la pièce, une danseuse nue tremble de tout son corps, en équilibre sur ses pointes, alors qu'un homme se tient en retrait. Sont alors enfilées à l'unisson, frénétiquement, des protections de hockey pour le haut du corps. Le cœur ainsi protégé, il s'ensuit une rencontre où la tension charnelle est palpable et très gracieusement démontrée.

Dans une entrevue faite par Fabbie Barthélémy en mai 2010, Virginie Brunelle avouait avoir pour influence Pina Bausch, une chorégraphe allemande, dont l'oeuvre a récemment été portée au grand écran par Wim Wenders, pratiquement au même moment où Brunelle signait la chorégraphie de certaines scènes du film Nuit #1. Les traces de l'Allemande sont palpables dans la manière de Virginie de placer certaines séquences de chute en boucle, jusqu'à ce que le mouvement épuré des deux corps forme une boucle fluide tout à fait poétique.

Sans être moralisatrice ni surlignée à gros traits, la pièce réussit à montrer et faire vivre tous les états possibles de l'adultère : attirance électrique, désirs non synchronisés, va-et-vient entre rejet et réciprocité, efforts de la séduction, tendresse et déception en un crescendo que l'on ne croit pas possible tellement les émotions sont bien transmises et l'intensité forte.

La chorégraphie oscille entre brutalité, délicatesse, sensualité, beauté et violence. La souffrance côtoie le plaisir et la passion précède la tristesse dans des moments d'apesanteur fragile et de débandade frénétique. La performance des danseurs, très physique, impressionne. La trame sonore porte bien les tableaux, leur insufflant tantôt une plus grande intensité ou encore une ironie comique lorsque les airs de Love Hurts résonnent. Foutrement, c'est un soixante-cinq minutes qui laisse des belles images dans la tête et qui varlope le coeur.

On y court parce qu'il ne reste que 2 représentation.

Foutrement, présenté au Théâtre de Quat'Sous du 25 au 29 janvier. 

 

 

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