Elisa, l'équilibre sur un fil de fer

Elisa, l'équilibre sur un fil de fer
  • Date:
  • Auteur: Audrey Canuel
  • Catégorie: Entrevues

Rencontre avec Elisa C-Rossow, designer et artiste visuel. 

Elisa me reçoit dans son atelier tout blanc, où sont accrochés aux murs patrons, photos et ciseaux – sa signature. En retrait, son assistante tranche une grande pièce de tissu noir. Une fenêtre laisse entrer le soleil de fin de journée, pleine vue sur une rue calme de ville LaSalle.

La jeune designer répond à mes questions tantôt avec nuances, tantôt avec une affirmation solide, mais toujours avec cette passion posée qui transparaît dans son travail. Quand on en vient à parler inspiration, elle ne me nommera pas de noms, préférant expliquer plutôt sa relation avec cette dernière. Elisa se fait porter par des coups de cœur, le même genre qui l'amènera à Montréal, il y a de ça quelques années déjà. Elle est donc consciente que l'inspiration peut apparaître à n'importe quel moment. Très ouverte, elle se laisse bercer par des musiques, films, peintures. Les différentes ambiances qui l'entourent transparaissent dans ses œuvres. C'est le cas d'ailleurs de la pièce qu'elle présentera lors de Chromatic, Aeon Swan. Sculpture en dentelle de fil de fer, cette pièce totalisant plus de 200 heures de travail, se trouve à être la rencontre entre l'univers futuriste d'Aeon Flux et du drame sombre sous fond de ballet classique, Black Swan. Les contrastes, Elisa y joue à merveille.

Et tant au niveau de la création que celui de la finalité de l'art. La designer insiste sur le fait que la mode devrait avoir sa place dans les musées au même titre que la peinture et la sculpture, afin de casser cette idée que la création de vêtement s'inscrit plus dans une pensée de consommation que d'art. Si Elisa dénonce l'aspect temporaire rattaché à la mode, elle aime créer devant public des robes haute couture en 15 minutes. De métrages de tissus et d'épingles, ces pièces uniques ne vivent qu'une soirée. Contradictions? Pas vraiment. Les sculptures de tissus d'Elisa, aussi éphémères soit-elles, s'inscrivent dans cette même idée de mode au musée, mais sous un autre aspect que celui de temporalité. On parle ici de la conscientisation du public face aux vêtements, tant au niveau de son art que de son accessibilité.

Les concepts d'intemporalité et de contrastes sont récurrents dans le travail d'Elisa. La recherche de la coupe parfaite, le travail monochrome, le choix des tissus, tout est pensé afin de créer un vêtement durable qui combat le temps et les tourbillons des tendances.

Même chose en ce qui concerne la musique qui joue dans son atelier ou accompagne ses défilés. Elle dit écouter de tout, mais avoue ne pas être à l'affût des nouveautés et préconiser une musique qui a traversé les époques. Comme son travail. Elle nomme Pink Floyd. Je lui demande si elle sera sur les plaines en juillet pour voir Roger Waters. Ah, oui c'est une idée ça! Mais d'ici là, Elisa n'arrêtera pas. L'après Chromatic, c'est la participation à plusieurs collectifs, la préparation de sa prochaine collection et cette vision du monde constamment poussée par la création qui fait la réputation de ces artistes prolifiques.

Présentant les œuvres de plus de 150 artistes, Chromatic a lieu les 25 et 26 mai prochains à la Société des arts techonologiques à Montréal.  

 

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