De la musique au cinéma

De la musique au cinéma
  • Date:
  • Auteur: Harold Beaulieu
  • Catégorie: Archives 2011

La musique et le cinéma sont deux arts complètement distincts possédant l’analogie unique de faire voyager son auditeur. Un plaisir pour les yeux, ou l’ouïe, engendré par des émotions qu’évoquent certains stimuli culturels. On le sait maintenant, l’écoute de la musique est une "expérience qui s’approche de l’exaltation." [1] Et le cinéma? Ses facultés émotives ne sont plus à prouver et on ne saurait contester l’intensité de ce qu’il nous fait vivre. Qu’en est-il donc de la convergence des deux?  

Il est plus que courant qu’une chanson existante soit associée à une production cinématographique. Cette chanson se voit alors chargée de la portée émotive du film. Les exemples en ce sens abondent et il est loin de moi ici l’envie d’y passer outre. Toutefois, il m’apparaît davantage pertinent de nous intéresser aux exemples où l’expérience découlerait de mariages symbiotiques qui resteraient quand même tout à fait indiqués une fois séparés. À ce titre, intéressons-nous aux réalisateurs qui ont fait appel à des artistes œuvrant habituellement à l’extérieur de 7e art pour meubler la musique de leurs films. Mis à part la grande qualité des ces collaborations,  un constat important s’impose, cette façon de faire est de plus en plus courante. En voici quelques-unes :

Rumble fish (1983), de Francis Ford Coppola. Musique de Stewart Copeland.

Rumble Fish est sans contredis l’un de mes films préférés. Pas seulement parce qu’il constitue l’un des plus originaux du « Wonder Boy » italo-américain, mais parce qu’il s’appuie sur une impressionnante recherche rythmique de Stewart Copeland. Même si le batteur de The Police en était à sa première expérience au grand écran, Coppola a eu le grand flair de lui laisser carte blanche. En résulte un étonnant travail sur les percussions et les échantillons urbains, soutenant complètement la thématique principale du film, le temps qui passe.  

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Autour de minuit (1985), de Bertrand Tavernier. Musique d’Herbie Hancock.

En 1985, Bertrand Tavernier, figure iconoclaste du cinéma français, se lance dans l’idée de brosser un portrait fidèle du jazz parisien des années cinquante. Chronique douce-amère, Autour de minuit, s’inspire librement de la vie du pianiste américain Bud Powell. C’est le véritable saxophoniste Dexter Gordon, ayant personnellement connu Powell, qui campe le rôle. Herbie Hancock, monument du jazz, signe la musique et apparaît même dans quelques scènes. Le film remporta l’oscar de la meilleure musique en 1986. 

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Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001), de Jean-Pierre Jeunot. Musique de Yann Tiersen.

Jean-Pierre Jeunet est sans aucun doute le cinéaste français contemporain le plus éclectique qui soit. Or, en 2001, il offre au prolifique Yann Tiersen de composer la musique de son nouveau film, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Le film est certainement touchant, mais les valses de piano et les ballades d’accordéons de Tiersen y sont d’une si profonde délicatesse que leur seule écoute suffit à émouvoir. Victoire de la musique pour la meilleure bande originale de film.

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There will be blood (2007), de Paul Thomas Anderson. Musique de Jonny Greenwood.

Jonny Greenwood, le second membre majeur de Radiohead, a fait équipe avec Paul Thomas Anderson en 2007 pour concocter la bande sonore du dernier film de ce dernier, There will be blood. Épeurant récit de la naissance du capitalisme américain, le film doit assurément sa réussite à la prestation magistrale Daniel Day-Lewis dans le rôle principal, mais également à la musique sinistre de Greenwood. Piano inquiétant et violon oppressant viennent véritablement élever la mise en scène d’Anderson.    

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The Trosky (2009), de Jacob Tierney. Musique de Malajube.

The Trotsky est probablement l’une des plus belles surprises des dernières années du cinéma d’ici. Tierney, québécois aussi bilingue que biculturel, n’a certainement pas choisi au hasard la musique de son film. Malajube s’est depuis longtemps imposé comme fleuron francophone de la scène montréalaise. Les retrouver dans un film qui célèbre la diversité culturelle de la métropole s’avère un choix tout à fait judicieux et le groupe a su proposer un bel équilibre de chansons connues et de compositions inédites.     

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Where the wild things are (2009), de Spike Jonze. Musique de Karen O.

Quand Spike Jonze a fait appel à son ex-petite amie, Karen O, pour la musique du très attendu Where the wild things are, il ne se doutait certainement pas qu’elle lui livrerait un album emblématique. En effet, la chanteuse des Yeah Yeah Yeahs confectionna des chansons parfaitement indie qui eurent l’effet de propulser le film non seulement comme un immense succès, mais également comme un phénomène hipster. Même résultat sans elle? Je ne crois pas.  

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Tron legacy (2010), de Joseph Kosinski. Musique de Daft Punk.

Dès que les studios Disney firent l’annonce que la musique de Tron Legacy, suite du film culte de 1981, serait assurée par Daft Punk, les attentes qu’ils créèrent prirent des proportions démesurées. Le mariage apparaissait idéal et une nouvelle publication du groupe se faisait attendre depuis longtemps. Deux ans et 200 millions de dollars plus tard, la déception fut aussi importante de l’attente. Pas que les nouvelles créations de Daft Punk soient médiocres, mais les paramètres imposés par Disney semblent avoir complètement dénaturés le son du duo français. Elles embrassent assez efficacement l’univers du film mais elles ne trouvent pas leur place, comme leurs vieilles chansons, dans nos playlists du vendredi soir.

http://www.youtube.com/watch?v=svpLw7e-4ds&feature=fvst

Simon Werner a disparu (2010), de Fabrice Gobert. Musique de Sonic Youth.

Tout le contraire avec Sonic Youth. L’année dernière, la nouvelle de leur collaboration au premier film du français Fabrice Gobert, Simon Werner a disparu, avait passé presque inaperçue. Pourtant, le résultat est véritablement fascinant! Les treize pièces originales des vétérans new-yorkais, à la fois fidèles au son groupe et à l’esprit du film, sont un tour de force. Guitares pesantes offrent ici des musiques inquiétantes se glissant on ne peut plus mieux dans l’univers angoissant du long-métrage.  

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The social network (2010), de David Fincher. Musique de Trent Reznor.

L’annonce de Trent Reznor aux commandes du dernier film de David Fincher, elle, avait créé autant de surprises que d’incrédulité. Nin Inch Nails et Facebook, vraiment? Et bien, la musique que Reznor a composée pour The Social Network a prouvé deux choses, qu’il est possible de réussir à Hollywood même si on ne travaille pas dans les lignes directrices de l’industrie et que ce genre de collaboration est ingénieux. Gagner l’oscar de la meilleure musique de cette façon, c’est un exploit. Il suffit d’écouter Hand Covers Bruise pour comprendre à quel point le travail de Reznor est unique.   

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[1]  http://www.cyberpresse.ca/sciences/decouvertes/201101/09/01-4358444-dou-viennent-les-frissons-de-plaisir-en-ecoutant-de-la-musique.php

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