Enfin l’hiver est fini (N’A PAS EU D’ÉTÉ!). On va pouvoir sortir en veste. Recommencer à aller prendre une bière (en tout cas, moi, j’arrête de sortir quand c’est l’hiver). Les Pontiac Sunfire 99-2003 vont nous faire entendre le dernier DJ Dan D-Noy jouant à partir d’une cassette fictive reliée par un fil à un Panasonic Shockwave jaune tout décrépit. Clifford Brown va nous sacrer la paix avec ses histoires de bancs de neige (!) Les commentateurs avisés et originaux vont commencer à faire remarquer qu’on voit de plus en plus de jambes au Centre-Ville (soirée d’pitounes au Centre-Ville, comme Marie-Chantal Toupin les filles). Les lourds artistes hivernaux (DeVotchka, Iron & Wine, Sonic Youth, Tim Hecker, James Blake) vont laisser leur place aux légèretés estivales (sorties prévues pour un moment donné dans les prochains mois: Fucked Up, Woods et The Antlers - qui promettent quelque chose de moins engageant émotionnellement qu'Hospice, leur dernier album).
Tout ça pour dire qu’à la suite 7, le futur est enfin synonyme de joie et de légèreté. C’est pour ça que dans cet état d’esprit, je savais pas si j’étais prêt à m’embarquer dans l’apparemment génial James Blake. Plusieurs personnes pas mal branchées trippent tight sur l’album néo gospel post dubstep éponyme qui est sorti l’autre jour. On dirait pas qu’il n’y a pas de bonnes situations pour écouter ça. Ça paraît que c’est un nerd qui étudie la musique. Il a certes une belle petite voix (je pense à Mayer Hawthorne vs Bon Iver, pour une comparaison fraîche et facile, mais c’est vraiment au niveau de la voix que la comparaison s’arrête), à laquelle il ajoute du petit bip bip minimaliste à l’humeur changeante, pour brancher une fois de temps en temps, mais pas trop souvent, une sourde montée de bass. Il y a beaucoup de talent et d’esthétique dans cet effort-là. Mais ça demande quand même un petit peu de travail pour l’aimer pis c’est pas sûr que les amis à la maison vont tripper quand votre dock Bose va souffler ça dans ses haut-parleurs.
Parlons de Six Organs of Admittance. Il s’agit de Ben Chasny de San Francisco, qui, depuis 1998, contribue à l’éclosion du “new weird america” / “freakfolk” en étant l’ami de Devendra Banhart, Joanna Newsom, CocoRosie et autres Vetiver. Le nouvel album Asleep on the Floodplain vient d’arriver. Ça réinvente rien de ce qu’on connaissait déjà. On a ici, la plupart du temps, une guitare acoustique tristounette mais souvent nerveuse, qui joue longtemps, et à laquelle on y incorpore voix, accordéon ou d’autre(s) guitare(s) acoustique(s), pour donner quelque chose qu’Ils aiment appeler du psych acoustique. La description que je viens d’en faire ne laisse pas présager qu’il s’agisse de musique gloomy et très mystérieuse. La chanson S/Word and Leviathan nous assure qu’on n’oublie pas que Chasny a déjà collaboré avec Sunn O))) et, accessoirement, qu’il fait parti du collectif Comets on Fire.
Je n’étais pas un grand habitué de DeVotchKa. Pas le groupe oi punk de filles dont personne ou presque n'a jamais entendu parler, mais bien le groupe de gypsies modernes de Denver qui font bonne presse ces dernières années. La sonorité est internationale (je dis “internationale” en ayant un sourire coquin), avec toutes sortes d’instruments hétéroclites. Ils veulent trop en faire. C’est trop sérieux aussi. Vous jouez de 40 instruments bizarres en même temps, on pourrait pas trouver ça drôle un peu? Il y a de bons moments mais on a vite fait le tour. Vous souvenez-vous de Clann Zù, cet obscure groupe irlando-australien qui était sur G7 Welcoming Comitee en 2003-2004? C’était la première fois que quelque chose me faisait m’en rappeller. Un peu comme dans le cas de Beirut, c’est difficile d’offrir beaucoup de profondeur supplémentaire, dans cette branche là, une fois qu’on a compris leur effort.
Il adonne souvent que j’écoute CISM le vendredi soir entre 19h et 20h30. À ma grande surprise, vendredi dernier, c’était pas l’habituel Potluck. À la place, on avait un jeune homme bien articulé, qui sonnait comme une encyclopédie décontractée, qui faisait des interventions recherchées, qui faisait passer de vieux interviews avec Arcade Fire en 2004, qui mettait un enregistrement inédit de Cafféine (j’hais ça Cafféine - pis je comprends mal comment quelqu’un un jour a déjà pu aimer ça - mais c’était quand même une belle surprise), qui faisait jouer des chansons méconnues de tous horizons, tout le temps justifiées par une documentation concise et précise. Bref, de la bonne radio pour intellectuels de la musique. Je sais apprécier le cabotineux et approximatif Potluck à sa juste valeur; la musique est normalement bonne et les animateurs s’amusent en studio. Sauf que franchement, chapeau à Olivier Lalande pour avoir mis la barre plus haute, de plusieurs crans, pour ceux qui aspirent à une émission de radio de grande qualité. C’était, j’ai cru comprendre, un spécial d’un soir en lien avec les festivités entourant les 20 ans de CISM. Dommage.
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