Arcade Fire et le Montréal contemporain

Arcade Fire et le Montréal contemporain
  • Date:
  • Auteur: Harold Beaulieu
  • Catégorie: Archives 2011

Jeudi dernier, au terme d’une tournée mondiale où ils ont collecté tous les principaux honneurs que l’industrie musicale a à offrir et, dans le cadre de l’effervescent festival Pop Montréal, la maintenant mythique formation locale Arcade Fire consacrait son année de rêve en offrant un gigantesque concert extérieur gratuit à la toute jeune Place des Festivals.

C’était un heureux hasard si c’était le quintette de Karkwa, menée par le prolifique Louis-Jean Cormier, qui, après le passage du DJ Kid Koala, ouvrait la soirée. Le groupe venait, il y a quelques jours à peine, de leur céder le prestigieux prix Polaris, duquel ils étaient les précédents lauréats. À ce sujet, je m’en voudrais de ne pas mentionner au passage le délicieux clin d‘œil qu’un autre lauréat du Polaris, Owen Pallett, proche collaborateur d’Arcade Fire, a laissé glisser plus tôt la semaine dernière sur son fil Twitter « Congrats to @arcadefire for the Polaris win. Now we can work together as equals. »

Quoi qu’il en soit, les astres étaient alignés pour que la soirée entre dans les anales des performances musicales indies de la décennie et le spectacle était littéralement un cadeau offert aux fans du groupe. Un cadeau libellé Pop Montréal, à un moment où le festival connait probablement sa pleine maturité. Un cadeau coûteux, dont les frais ont été pleinement assumés par le groupe lui-même. Que cela ne tienne, on ne pourra plus jamais leur reprocher de négliger le public montréalais et Win Butler, Texan d’origine, s’est assuré que le message soit clair : « Next time you cross me in the street, don’t ask for a picture. Just tell me : Hey, I saw you in a show! And I’ll say : I saw you in a show too! »

Or, bien davantage que l’attendue rentrée montréalaise du groupe chéri, jeudi soir, c’était un peu comme la communion du Montréal contemporain. En plein cœur du centre-ville, la nouvelle Place des Festivals incarnait en tout point l’idée qu’on doit se faire de la place publique moderne : cosmopolite, versatile et rassembleuse. Régine Chassagne, qui a grandi dans les rues de Longueuil, a bien fait de nous rappeler que, des nombreuses villes qu’elle avait eu la chance de visiter dans les dernières années, Montréal, « c’est la plus cool ». Et sous un esprit des plus festifs, de fierté et d’exaltation, c’est Francos autant qu’Anglos qui ont célébré la musique de leur ville. Ça aussi, Win l’a rappelé : « Tout est parfait ce soir. Un groupe anglophone, un groupe francophone... Kid Koala. C'est se sentir à la maison ».

Vraiment, à un moment où on en finit plus de lire que Nirvana, c’était la belle époque et que la musique rock d’aujourd’hui n’est plus le port étendard de sa génération, je me dis que, jeudi soir, ma génération, ma réalité et ma ville, elles étaient devant mes yeux, autant sur la scène que sur le parterre. La soirée d’Arcade FIre, c’était non seulement une manifestation indie formidable, mais c’était également l’incarnation parfaite de notre Montréal d’aujourd’hui. Ses Francos, ses Anglos, son béton et, surtout, sa musique.

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