L'illustration de Vigg

L'illustration de Vigg
  • Date:
  • Author: Catherine Dupras
  • Category: Entrevues

Voici Vigg, illustrateur et président d'Illustration Québec. Ma rencontre avec lui fut mémorable. On a parlé de tellement de choses que j'ai dû en couper pour cet article, mais j'ai tout de même laissé plusieurs citations succulentes!

Son parcours n'est pas des plus communs. Après avoir fait des études en sciences politiques, suivies d'études slaves et anthropologiques, Vigg a tout quitté afin de se concentrer sur sa carrière de conseiller financier pour les entreprises. C'est à l'âge de 25 ans, suite à une promenade au marché Bonsecours où était présentée une exposition regroupant une tonne d'œuvres d'illustrateurs québécois, que le déclic s'est fait.

« Je me suis dit, wow! il y a des gens qui font des images à leur façon, avec leur langage, et qui sont mandatés pour faire ça! [À ce moment-là], si ma vie avait été un livre, il y aurait eu 2 pages blanches et un nouveau chapitre. »

Le lendemain, il démissionna de son poste à la banque, en expliquant le phénomène à sa patronne, qui ne comprit pas trop ce qui lui arrivait. Peu importe.

« Mon parcours d'illustrateur, c'est l'appel. Je suis comme Jeanne d'Arc! »

Mais qui est Vigg? Son nom est Vincent Gagnon. Son portfolio, c'est Vigg. Il s'est aussi associé avec Marianne Chevalier, « la femme de ma vie, illustratrice magnifique », et ensemble, ils ont créé un autre portfolio, Bellebrute, destiné aux enfants et de style plutôt loufoque. Au final, ils ont créé l'Atelier Tricorne, qui regroupe tout ce beau travail.

Avant de continuer, expliquons un peu l'illustration dans son ensemble. De manière théorique, c'est l'accompagnateur visuel d'un support médiatique, soit un magazine, un livre, un site Web, etc. Selon Vincent, nous sommes tous des illustrateurs à un certain niveau. Lorsqu'on lit un roman, par exemple, nous avons des images représentatives qui se forment dans notre tête, comme un film. C'est en quelque sorte le début du processus. L'illustrateur a comme mandat de montrer des images de ce film.

Pour sa part, Vincent puise son inspiration dans les objets abstraits : la glace dans une fenêtre, les nuages ou tout ce qui provient de la nature de manière aléatoire. Par contre, Vigg est souvent appelé à illustrer des articles relatifs aux finances, ce qui est manifestement plus difficile à mettre en relation avec les formes abstraites de la nature! Pour ces sujets plus sérieux, il a inventé un petit personnage, également nommé Vigg, dessiné en silhouette. Vincent ne veut jamais vraiment le mettre de l'avant, mais plutôt axer son illustration sur ce qui arrive à son personnage et sur l'émotion qu'il vit. De plus, il s'est donné comme mandat « d'être le clown dans les revues plates. J'essaie d'être le bouffon qui met une tache de couleur. »

Lorsqu'on regarde son portfolio, on remarque beaucoup de collage, l'utilisation des objets du quotidien et la présence récurrente des animaux. Au niveau du style, il essaie d'utiliser ce qui l'entoure et d'acheter le moins de matériaux possible. Il numérise aussi des objets et les grossit, afin de puiser dans leur texture.

« Je ne suis pas de ceux qui ne peuvent pas créer s'ils n'ont pas leur marque précise de gouache. Je vais te faire un truc avec du ketchup s'il faut que je m'exprime! »

Le monde de l'illustration est souvent parsemé de mandats. Alors, le message de l'artiste fait place au message du client. Cependant, Vincent essaie toujours de laisser un petit gag dans la marge de son oeuvre. Il montre le sujet de la manière dont il le voit. Après tout, il ne fait pas juste décorer un article, mais bien l'accompagner dans son fondement. Vincent souhaite faire place à la réflexion chez le lecteur en un seul coup d'oeil. Les moments où il a laissé passer davantage son message personnel ont été dans des contrats portant sur l'intimidation ou la santé. Mais de manière générale, le sujet qui l'interpelle le plus « c'est souvent le malaise de l'individu versus la machine. » Vincent entend par machine tout phénomène socio-économique comme la surconsommation, le gouvernement ou même la pornographie. Comme quoi c'est souvent trop gros pour une seule personne.

« Je trouve que le petit bonhomme Vigg peut se retrouver bien mal pris devant cette machine, ou bien au contraire, il a l'impression d'être bien centré, mais souvent il se fait tout bonnement bourrer le crâne. »

Pour réussir dans le monde de l'illustration, il faut être capable de bien capter l'attention de celui qui regardera l'image.

« J'avais lu dans un magazine qu'on avait à peu près 2 secondes d'attention sur une illustration. Si dans ces premières secondes, il ne s'est pas déclenché un truc, tu as échoué. »

De plus, il faut être capable d'équilibrer son talent avec un certain sens des affaires. Il faut arriver à se faire connaître et entreprendre les démarches pour arriver à ses fins.

« C’est un métier où tu es tout seul. Le matin quand tu te lèves, si tu ne picosses pas le monde, le téléphone ne sonne pas. Il faut faire beaucoup de démarchage. Moi, je me penche là-dessus. Je pense qu'il faut faire des trucs plus ciblés, par secteur de marché. Il faut parler au client dans un langage qu'il comprend. »

Illustration Québec est une association qui permet de faire sortir les illustrateurs de l'ombre, mais aussi, les faire participer à une dynamique de groupe. Ensemble, ils trouvent des idées afin de faire connaître leur métier. Mais pourquoi l'illustration n'est-elle pas reconnue? Pourquoi est-elle snobée?

« Les gens connaissent l'illustration. Ils ne connaissent simplement pas le terme. Le public est bombardé de ces illustrations, lorsque tu lis ton journal le matin, lorsque tu prends ton café, lorsque tu prends le métro! Cependant, les gens ont tendance à ne pas savoir qui est derrière tout ça, mais Jeanne d'Arc est là pour vous aider! »

C'est aussi un but de l'association : promouvoir l'illustration comme une partie intégrante de la culture populaire. Vincent me fait remarquer que les livres pour enfants sont souvent un éveil à l'imaginaire, en très bas âge. On a tous été marqués par nos histoires favorites, mises en images. Ce qui est une sorte de pop culture.

« Ce n'est pas autogénéré, ce n'est pas quelque chose qui émane de l'artiste, ce n'est pas financé par l'état, c'est financé par des clients. Ça fait de nous des espèces de putes graphiques. »

Pourtant, beaucoup d'illustrateurs génèrent leurs propres projets, comme Vincent et sa conjointe qui écrivent et illustrent des livres pour enfants.

« On a passé beaucoup de temps à l'association sur la question du statut d'artiste. L'illustrateur est-il un artiste? Moi, je m'en fous de ça. À la fin, la seule personne qui doit se permettre de me donner une étiquette, c'est moi-même »

Je trouve cette dernière citation très intéressante... Peut-être à intégrer dans votre vie personnelle, ça pourrait peut-être vous être utile!

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