Dead Messenger: Entre le sublime et le tragique

Dead Messenger: Entre le sublime et le tragique
  • Date:
  • Author: Christelle Saint-Julien
  • Category: Entrevues

Valeureux guerriers du rock and roll, les féroces Dead Messenger reviennent à la charge avec Recharger; un second effort en carrière, qui annonce le retour du groupe après une absence prolongée.

Heureuse nouvelle pour tous, alors que l’on retrouve le power-rock à la touche garage/punk du groupe, toujours aussi incisif et entraînant, puisque les Dead Messenger, littéralement revenus d’entre les morts, réaffirment leur identité à coup de riffs emportés et de compositions musclées.

Recharger, dont l’enregistrement a été miné par plusieurs évènements, témoigne de la genèse d’une période significative pour le groupe: «On a commencé à travailler sur ce disque il y a deux ans et demi», constate le chanteur Roger White. «Nous voulions faire un EP; ce qui était la chose à faire à la suite de la sortie du premier album», explique-t-il. «Nous avons pu composer quelques titres avant d’apprendre que Ted était vraiment malade.»

«J’ai été très malade, au point de faire plusieurs séjours à l’hôpital durant un an», renchérit le guitariste Ted Yates. «Si cela ne s’était pas produit, il est très probable que l’album aurait sonné différemment, et qu’il serait sorti il y a deux ans», témoigne-t-il. «Lorsque j’ai commencé à aller mieux, on a pu travailler de nouveau sur les chansons. De là, on s’est dit qu’on pouvait même y aller avec assez de chansons pour composer un album. Encore là, ça a pris du temps pour que je puisse être capable de répéter avec le groupe, et qu’on puisse enregistrer.»

«Ce fut un processus intéressant», observe Roger. «J’interpréterais le tout comme le mémoire d’une période, du temps qui passe à travers une expérience traumatique», complète-t-il. «Le thème de l’album revisite l’expérience que nous avons dû traverser. Ce n’est pas un album concept, mais il y a un fil conducteur évident à l’oeuvre.»

À travers la gravité de la situation, le groupe dut également faire face à une autre catastrophe: «Notre local, The Pound, a vu ses portes fermées par la ville de Montréal», raconte Roger. «Du coup, nous n’avions nulle part où jouer, ni d’espace pour enregistrer.» Au final, le groupe a dû enregistrer Recharger dans 6 endroits différents, parmi lesquels on compte le placard de la résidence du chanteur, ou encore la chambre noire du studio d’impression du bassiste du groupe, Alex Chavel.

Par contre, comme l’expliquent les musiciens, tout ne fut pas que tristesse et tragédie au cours de ces quelques mois: «Il y a également eu des moments heureux», témoigne Roger White. «Notre bassiste Alex Chavel, et le batteur, Charlton Snow, ont tous deux eu des enfants. C’était tout aussi transformateur comme expérience», illustre-t-il.

C’est au fil de ce discours que le titre de l’album, Recharger, prend tout son sens. «C’est l’idée d’un nouveau départ», indique Ted. «Beaucoup des paroles sont inspirées de cette idée de repartir, de recommencer à zéro. C’est ce qu’il nous a fallu faire en tant que groupe. Quatre ans entre deux albums, c’est une très longue période, surtout pour un groupe local. Il faut se rebâtir une réputation, se remettre dans l’esprit du groupe.»

Voici donc le moment tant attendu pour le groupe; la sortie de l’album, composé dans l’adversité: «C’est presque irréel d’y être finalement arrivé après tout ce temps», atteste Roger. «Il y a eu un moment où l’on s’est demandés si on pourrait vraiment continuer l’aventure en tant que groupe, vu la gravité de la situation», explique-t-il. «Maintenant, de voir qu’on y est arrivés nous rend incroyablement heureux. Personnellement, je ne crois pas qu’on aurait pu faire mieux. Je suis très, très content du résultat», affirme-t-il.

Influents sur la scène rock locale, les Dead Messenger, qui ont partagé la scène avec Priestress, Bionic, Danko Jones et Hollerado, parmi tant d’autres, et qu’on a pu voir jouer au Canadian Music Week, à NXNE ainsi qu’au GAMIQ, n’ont plus a revendiquer leur place dans notre paysage musical.

Le premier album du groupe, Love Is The Only Weapon (2009), était très power-pop, avec des chansons courtes et accrocheuses. «Avec Recharger, on tend un peu plus vers le psychédélisme, avec certaines compositions qui s’étirent, et d’autres qui s’inscrivent dans le rock dansant, avec des passages purement noise et expérimentaux». Le groupe affirme s’être laissé influencé par des icônes telles que Sonic Youth, Queens of the Stone Age et Swans durant l’enregistrement.

Que dire sur l’état de la musique rock, que l’on sait en 2012 avoir connu des années plus glorieuses? «Nous sommes un groupe de rock, même si c’est un terme très large qui regroupe plusieurs choses. Pink Floyd ne ressemble en rien à ACDC, mais ils appartiennent tous deux à cette catégorie. Ça dépend de la manière dont on regarde la chose» relativise Roger. «En terme de popularité radio, beaucoup de choses sont calculées et sonnent plastique. Il y a encore des bons groupes qui percent; par exemple, les Black Keys. En revanche, il y a beaucoup de groupes méconnus qui évoluent dans l’underground, qui sont époustouflants et qui font énormément de tournées. On ne les entendra pas à la radio, mais ils jouent partout à travers le Canada, et aux États-Unis. Il est certain que le rock n’est plus reconnu en tant que musique populaire.» affirme-t-il. «Mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Avoir une scène marginale rend la musique créative. Je crois que le rock va bien, mais seulement que la face l’industrie de la musique a extrêmement changé. Cette idée de pousser le rock vers l’underground ramène la musique à ceux qui y croient réellement.»

Voici qui appuie Neil Young et sa célèbre citation; "Rock and Roll Can Never Die"
 

Dead Messenger | Recharger, 2013
Bonsound
Sortie: 19 février
Bandcamp 

SHOWS À VENIR

28 février 2013 | The Mansion | Kingston (Ontario)
1er mars 2013 | Rancho Relaxo | Toronto (Ontario)
15 mars 2013 | Scanner Bistro | Québec (Québec)

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