Ceci n’est pas un sujet d’actualité

Ceci n’est pas un sujet d’actualité
  • Date:
  • Author: Clifford Brown
  • Category: Rousseur(s)

Je ne vais pas vous mentir en prétendant que ma job de jour me coupe le souffle et me remplit quotidiennement de bonnes grosses bouffées de stress. Disons que je l’ai choisie parce que c’est tranquille et que ça me laisse un peu de temps pour vaquer à autre chose. Et avec le rythme effréné de notre société contemporaine, ces moments neutres sont fort précieux.

De la même façon que je trouve souvent mon inspiration en prenant ma douche, l’observation détachée de la faune verdunoise, entre deux tâches funéraires, me fournit souvent son bon lot d’illuminations. Mes neurones se court-circuitent lorsque, par exemple, j’aperçois une madame avec des joggings vert fluo et un chandail blanc quêter des cigarettes devant le métro. Je me remets en question lorsque roule devant moi un kart pourvu d’un toit en toile, piloté par un septuagénaire obèse et allant dangereusement trop vite sur un trottoir bondé. Je me masse l’occiput en constatant que le Dollorama est le commerce local le plus fructueux et le plus peuplé.

Les idées loufoques que je tire de ce constant spectacle sont stockées quelque part et attendent impatiemment d’être recyclées dans l’immense édifice littéraire, que je me propose de bâtir au cours des prochaines années.

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En tant qu’ancien gérant d’un club vidéo XXX, j’ai été particulièrement interpellé par le récit que propose Sam Benjamin dans « American Gangbang : A Love Story ». Histoire de l’amour que l’auteur porte… au monde de la porno. Benjamin, new yorkais d’origine qui s’est installé en Californie au début des années 2000 pour faire carrière dans le domaine qui le passionne. Et qui croyait révolutionner le genre. L’histoire nous prouvera le contraire.

L’amorce narrative induit en erreur. On croit être devant une histoire qui va se développer et nous expliquer ce que Benjamin a fait de si différent. Mais, à mesure que les pages se tournent, on se rend bien compte que ses idéaux et aspirations sont abandonnés et avalés goulument par les rectums béants des nombreuses jeunes starlettes innocentes qu’il « dirige ». Car sa spécialité est l’interracial, de préférence en groupe, et les pressions de son producteur vont l’obliger, malgré lui, à être de plus en plus grossier : gagging, gaping, ATM… Cherchez ces termes sur Google, pour vous rendre compte qu’on ne fait pas ici référence à un guichet automatique.

Ici, un nom d’actrice connue. Là, des détails anodins et banals, qui n’apportent rien au récit. Les dessous d’un tournage. La répétition constante, qui désexualise les copulations qui défilent sans interruption devant sa lentille. Malibu, son clinquant, son vide. Le génie créatif des « désaxés ». Les traumatismes et les vies brisées des « actrices ». Un détachement. Une justesse d’observation. Et Benjamin ne nous est ni sympathique, ni antipathique.

Dans l’épilogue, après avoir quitté le milieu, le narrateur se retrouve en Thaïlande pour une semaine de purification, où on lui irrigue quotidiennement le colon, tandis qu’il subit une sévère diète qui se rapproche dangereusement du jeûne. Il examine attentivement les débris que son corps rejette, incertain de la pertinence d’une telle démarche. Métaphore douteuse sur l’expiation de ses pêchés pornos.

À propos de l’auteur : Clifford Brown est l’un des meilleurs clients de Amazon.ca, s’intéresse à tout et croit fermement en la supériorité du papier en tant que médium de lecture.

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