La majorité des gens qui assisteront aux concerts promus par le festival Pop Montréal préfèreront nettement la musique diffusée par les réseaux alternatifs à celle claironnée par les chaînes de télévision et de radio commerciales. Merci Theodor, ce groupe de gens ne s’entend pas avec ces auditeurs de divertissement qui se définissent davantage par le malaise qu’ils ressentent à la fermeture de la radio que par le plaisir de l’écouter.
En revanche, la musique « indépendante » que ce groupe de gens écoute est bel et bien contenue dans le genre de la musique populaire, ne serait-ce que par les liens symboliques et économiques qui l’unissent à l’industrie mainstream. Les majors ont besoin des indépendants pour maintenir un apport de nouveautés dans leurs rangs et pour assurer la communication avec un marché actif qui se transforme rapidement.
Parlant d’être actif, en qualité de mélomanes, les indépendants s’informent continuellement sur la musique et font partie d’un groupe discriminant qui adopte une posture critique sur la musique. La différence entre eux et les auditeurs de divertissement réside notamment dans la recherche de l’authenticité musicale que mènent les premiers.
Il n’y a pas de définition sonore de l’authenticité – quoique l’on ait souvent qualifié la musique folk ou blues comme étant la quintessence du Vrai. Prenons l’exemple de Ry Cooder (il vient d’ailleurs de sortir l’excellent Pull Up Some Dust and Sit Down) qui côtoie Piginini dans la série télévisée The Ghost of Faffner Hall. Ry Cooder lui enseigne comment jouer du fond du cœur de la vraie musique. Il se trouve que la musique qu’il performe ressemble curieusement au blues !
Ceci étant dit, on retrouvera plutôt l’authenticité dans les qualités que l’on attribue à un artiste qui écrit sincèrement sur sa situation, celle des autres ou sur sa propre culture. Cette attribution signifie que l’authenticité n’est pas inhérente à la musique mais naît plutôt dans l’acte d’écoute. Les discordes entre partisans du pop et du rock sont d’ailleurs souvent liées à des débats entre divertissement et authenticité.
On critique parfois l’utilisation importante de technologies en studio (vocoder, auto-tune, overdubs) ou en concert comme étant moins authentique qu’un enregistrement « live ». Un exemple frappant est le mouvement punk des années 1970 qui s’opposait au superflu technologique du disco. Cependant, est-ce qu’un Sufjan Stevens sur Age of Adz ou un A Place to Bury Strangers (dont le compositeur principal est le fondateur de la compagnie de pédales à distorsion Death By Audio) est moins authentique qu’un artiste qui joue avec de vrais instruments – d’ailleurs, qu’est-ce qu’un vrai instrument ?
Mais l’authenticité n’est pas un critère mis de l’avant par tous les membres du groupe discriminant. Certaines personnes s’approprient ironiquement la musique de certains artistes qui ne sont pas nécessairement reconnus comme authentiques. En cela disent-ils : « une chanson artificiellement construite peut être l’expression d’une expérience sincère dans une société artificielle » !
Même si l’authenticité n’existe pas en soi, puisqu’elle est attribuée, des discours l’ayant pour objet sont continuellement entendus dans les conversations entre mélomanes. Le plus intéressant demeure de s’intéresser aux raisons qu’ils donnent lorsqu’ils assignent, ou non, l’authenticité à une certaine performance musicale.
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